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Entreprendre en expatriation et retrouver son indépendance financière

14 août 2025
7 min de lecture

Dernière mise à jour : 8 juin

Tu as suivi ton conjoint à l'étranger. Tu n'as pas de réseau, peut-être pas le droit de travailler, et on te demande comment va "ton petit bazar". Ce que cet épisode dit clairement, c'est que l'entrepreneuriat en expatriation n'est pas un hobby. C'est parfois la seule façon de ne pas se retrouver sans rien le jour où tout bascule. Quand on suit un conjoint à l'étranger, la question de l'argent se pose différemment. En France, tu peux être indépendante financièrement même avec des hauts et des bas. En expatriation, il y a souvent un revenu solide qui entre — celui du conjoint — et ça crée une fausse sécurité. On mange, on voyage, on vit bien. Mais on ne construit pas. On ne cotise pas. On ne se protège pas. Ce que les femmes expatriées n'anticipent pas toujours, c'est la brutalité d'un accident de vie à l'étranger. Un divorce, un décès, un burn out du conjoint. Et là, tu te retrouves dans un pays qui n'est pas le tien, peut-être sans droit au travail local, sans réseau professionnel, sans revenus propres. Dans certains pays, les règles successorales ou la charria — le droit islamique qui régit notamment les héritages dans plusieurs pays du Moyen-Orient — peuvent rendre la situation encore plus complexe. Ce n'est pas un cas d'école. Ce sont des histoires réelles. Entreprendre en expatriation, c'est donc une réponse concrète à ce risque. Pas uniquement par passion ou par ambition. Aussi par nécessité. La différence avec quelqu'un qui vit en France, c'est que tu cumules les obstacles : tu ne parles pas forcément la langue locale, tu n'as pas de réseau, tu dois souvent réinstaller toute une vie, et tu sais que dans trois ans tu recommences peut-être ailleurs. Construire un business portable — c'est-à-dire un projet que tu peux emmener avec toi d'un pays à l'autre sans repartir de zéro — devient alors une priorité stratégique, pas un luxe.


Adeline Verdier-Velten est fondatrice de The Musette, un réseau international pour les femmes expatriées et entrepreneures, basé à Dubaï. Elle a été restauratrice de tableaux pendant dix ans à Paris avant de tout reconstruire après son expatriation aux Pays-Bas en 2015. Cet épisode est une conversation directe sur ce que ça veut vraiment dire d'entreprendre quand on est expat : les pièges, les freins financiers, le syndrome de l'imposteur — cette petite voix intérieure qui te dit que tu n'es pas légitime — et les ressorts concrets pour avancer malgré tout.


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Ce que tu vas comprendre dans cet épisode

- Entreprendre en expatriation n'est pas un choix de confort — c'est souvent la seule façon de se construire un matelas financier indépendant, en dehors du revenu du conjoint

- Le "coussin financier" du conjoint est un piège : il enlève l'urgence d'agir, et c'est exactement ce qui fragilise les femmes en cas d'accident de vie - Le syndrome de l'imposteur touche même les femmes les plus compétentes — une ancienne cadre de l'industrie du parfum, experte dans son domaine, peut se retrouver incapable de fixer ses prix une fois à son compte

- Entreprendre par opportunité — parce que quelqu'un t'a demandé un service et que tu t'es dit "pourquoi pas" — est l'une des erreurs les plus fréquentes : ça donne l'illusion de se lancer sans avoir réellement réfléchi à son positionnement

- La culture française du rapport à l'argent est un frein réel : des femmes prêtes à payer un massage ou un dîner hésitent à investir 48 euros dans un workshop qui pourrait débloquer leur projet - S'entourer n'est pas un bonus — c'est une condition de survie pour entreprendre seule à l'étranger, où chaque décision repose uniquement sur toi



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Pourquoi le revenu du conjoint donne l'impression d'une fausse sécurité financière

En expatriation, le fait d'avoir un conjoint avec un bon salaire — parfois accompagné d'un package d'avantages — crée une situation confortable. Et cette confort tue l'urgence d'agir. On ne construit pas de revenus propres parce qu'on n'en a pas besoin dans l'immédiat. On tâte, on explore, on "lance quelque chose" sans vraiment se pousser. Adeline l'a entendu directement d'une mentor : "Vous n'êtes pas dans l'urgence." Et c'est exactement pour ça que ça ne décolle pas. Le problème, c'est que l'urgence, elle finit par arriver. Un déménagement imposé, un divorce, un burn out, un décès. Et là, le matelas financier qu'on n'a pas construit, il n'est pas là. Ce que cet épisode dit sans détour, c'est que l'indépendance financière en expatriation, ça se construit avant que ça devienne nécessaire. Pas après. Les femmes de 30-35 ans qui suivent leur conjoint aujourd'hui ont moins tendance à se laisser aller à cette passivité — elles ont grandi avec une conscience plus forte de l'autonomie financière. Mais entre les générations, le réflexe de se protéger soi-même reste encore à installer.


L'entrepreneuriat portable : la seule solution pour générer des revenus quand tu bouges tous les trois ans

L'un des problèmes structurels de l'entrepreneuriat en expatriation, c'est le rythme de mobilité. Tous les trois, quatre, cinq ans, tu déménages. Et à chaque déménagement, tu recommences. Une clientèle, ça se construit sur des années. Un réseau professionnel aussi. Si ton activité est ancrée dans un lieu — un atelier, un commerce, une clientèle locale — tu perds tout à chaque mutation. Adeline l'a vécu de l'intérieur. Restauratrice de tableaux pendant dix ans à Paris, elle a d'abord tenté de maintenir son activité depuis Amsterdam en faisant des allers-retours tous les quinze jours. Ça a tenu deux ans. Puis l'évidence s'est imposée : il fallait un projet portable, c'est-à-dire un business qui ne dépend pas d'un lieu physique et qu'elle peut emmener partout sans repartir de zéro. C'est la contrainte qui a donné naissance à The Musette. Et c'est exactement la question que chaque femme expatriée devrait se poser avant de se lancer : est-ce que ce projet peut vivre à Singapour, à Tokyo, à Madrid ? Est-ce que dans trois ans, si je bouge, je peux le continuer ? Si la réponse est non, ça ne veut pas dire qu'il faut abandonner l'idée — ça veut dire qu'il faut repenser le modèle. --- ## Le syndrome de l'imposteur, la fixation des prix, et le tabou de l'argent C'est l'un des sujets les plus concrets de l'épisode, et probablement le plus universel. Quand une femme quitte le salariat pour se mettre à son compte, quelque chose se casse dans son rapport à sa propre valeur. Elle avait un poste, un titre, un salaire. Elle savait ce qu'elle valait sur un marché. Et là, seule face à ses premiers clients potentiels, elle ne sait plus. Le syndrome de l'imposteur — cette difficulté à se reconnaître légitime même quand on a les compétences — joue à plein. Adeline donne l'exemple d'une femme qui avait passé des années dans l'industrie du parfum, à un niveau d'expertise reconnu, et qui une fois à son compte n'arrivait pas à fixer ses tarifs à leur juste niveau. Pourtant, le calcul est simple : si tu avais un tarif horaire implicite en tant que salariée, il n'y a aucune raison de ne pas l'appliquer en freelance — en y ajoutant tes charges, ton site, tes outils, ta communication. À ça s'ajoute un frein culturel très français. Des femmes qui dépensent sans hésiter dans des achats plaisir vont trouver "cher" un workshop à 48 euros qui pourrait débloquer leur projet. Investir sur soi — sur son projet, sur ses compétences — n'est pas encore un réflexe. C'est un travail de déconditionnement, et ça prend du temps. Ce que dit Adeline clairement : le gratuit a une limite. À un moment, il faut mettre un prix sur ce qu'on fait. Parce que si toi tu ne le fais pas, personne ne le fera à ta place.


S'entourer : ce n'est pas un luxe, c'est une condition de survie

Entreprendre seule, c'est dur partout. En expatriation, c'est encore plus dur. Tu n'as pas de collègues à qui demander un avis. Tu n'as pas de réseau professionnel constitué. Tu peux ne pas parler la langue locale. Et dans certains pays, comme le Japon ou la Corée, la barrière linguistique et culturelle est telle qu'entreprendre localement est presque impossible. Certaines femmes interrogées par Adeline gèrent en plus un décalage horaire de 8 à 10 heures pour maintenir une activité orientée vers un marché francophone. Ce ne sont pas des détails. Dans ce contexte, l'isolement est le premier obstacle. Et c'est exactement pour ça que le réseau The Musette a été construit : pour que les femmes qui entreprennent en expatriation ne soient plus seules face à leurs décisions. Pas un réseau de contacts vagues — un réseau avec des experts disponibles selon le stade d'avancement du projet, des mises en relation entre entrepreneures à l'international, et des événements en présentiel organisés dans plusieurs villes du monde. Le principe est simple : la personne qui a résolu ton problème il y a six mois existe. Elle est peut-être à Singapour pendant que toi tu es au Zimbabwe. Mais elle peut te faire gagner trois mois de tâtonnement en une conversation. L'accompagnement n'est pas un investissement superflu — c'est ce qui fait la différence entre quelqu'un qui avance et quelqu'un qui tourne en rond seule pendant des mois.




Citation de l'épisode

L'entrepreneuriat féminin, ça doit être un levier d'indépendance financière et surtout de connexion — on n'est plus isolé.

À propos de l'invité

Adeline Verdier-Velten est fondatrice de The Musette, réseau international pour les femmes expatriées et entrepreneures, présent dans une dizaine de villes à travers le monde. Ancienne restauratrice de tableaux reconvertie après son expatriation aux Pays-Bas puis à Dubaï, elle accompagne aujourd'hui les femmes qui veulent se lancer ou professionnaliser leur activité depuis l'étranger.



🛑 Disclaimer : Les informations partagées dans cet épisode sont fournies à titre pédagogique et général. Elles ne constituent pas un conseil personnalisé. Chaque situation dépend du pays concerné et du parcours individuel ; il est recommandé de consulter les organismes compétents avant toute décision.


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