Divorcer quand on est expatrié : quel pays, quel avocat, quels risques
Dernière mise à jour : 12 juin

Un divorce, c'est déjà l'une des épreuves les plus difficiles de la vie. Quand il se joue entre plusieurs pays, plusieurs juridictions, parfois plusieurs langues et plusieurs cultures, la complexité monte d'un cran que beaucoup n'anticipent pas — et les conséquences d'une mauvaise décision prise sous le coup de l'émotion peuvent se mesurer en années perdues, en frais d'avocats colossaux, et parfois en patrimoine intégralement englouti dans les procédures.
Pour divorcer quand on est expatrié, les premières décisions sont souvent les plus déterminantes — et les plus mal informées. Beaucoup découvrent trop tard que les règles qui semblent évidentes en France ne s'appliquent plus dès qu'un élément étranger entre en jeu. Quelle juridiction saisir ? Dans quel pays engager la procédure ? Faut-il un avocat dans chaque pays ? Ces questions, posées trop tard, peuvent transformer une séparation gérable en conflit sans fin.
Sarah-Jane Tasteyre, avocate et médiatrice internationale spécialisée dans les séparations transfrontalières, décrypte dans cet épisode ce que les Français de l'étranger sous-estiment presque toujours — et comment éviter les erreurs les plus coûteuses.
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Ce que tu vas apprendre dans cet épisode:
Pourquoi la première difficulté d'un divorce international est souvent de savoir quelle juridiction saisir
Ce qui se passe concrètement quand deux procédures se déclenchent en parallèle dans deux pays
Pourquoi les séparations à l'international coûtent plus cher — en argent, en temps et en charge mentale
Dans quels cas la médiation peut vraiment aider — et dans quels cas elle ne convient pas
Pourquoi les enfants deviennent souvent le point de bascule le plus explosif
Ce qu'il faut absolument ne pas faire si l'un des parents envisage de rentrer en France avec les enfants
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Pourquoi divorcer quand on est expatrié est-il plus compliqué qu'en France ?
Parce que le premier repère disparaît : savoir où aller. En France, quand un conflit démarre, on connaît le contexte, on comprend le système, on peut trouver les bons professionnels dans sa langue. À l'étranger, tout cela s'évapore d'un coup.
La première difficulté d'un divorce international, c'est de savoir vers quelle juridiction se tourner. Le pays dans lequel on vit ? Le pays d'origine de l'un ou l'autre des conjoints ? Un pays avec lequel l'un des deux a un lien particulier ? Cette incertitude juridique immédiate crée un stress qui pousse souvent à agir trop vite — et les décisions prises dans l'urgence sont rarement les meilleures.
À cela s'ajoute la question des professionnels. Trouver un avocat en qui on a confiance, qui comprend notre culture, qui parle notre langue — c'est loin d'être évident dans tous les pays du monde. Et même quand on trouve quelqu'un de compétent localement, cet avocat aura une vision limitée à sa juridiction. Il te conseillera de saisir un juge dans son pays parce que c'est ce qu'il connaît — sans forcément avoir en tête ce qui se passe de l'autre côté.
C'est là qu'intervient le risque le plus sous-estimé des divorces internationaux : les procédures parallèles.
Que se passe-t-il quand deux procédures démarrent dans deux pays ?
Des années de blocage, et des frais qui s'accumulent des deux côtés. Quand chaque conjoint consulte un avocat dans un pays différent, les deux avocats peuvent conseiller de saisir un juge dans leur juridiction respective. Résultat : deux procédures en parallèle, dans deux pays, devant deux juges qui vont devoir trancher lequel est compétent.
Pendant ce temps, la situation familiale reste suspendue, et l'énergie émotionnelle dépensée est considérable. Sarah-Jane a vu des couples passer deux ou trois ans en procédures avant de réaliser qu'une médiation aurait pu tout résoudre en quelques jours. À la fin, il ne restait parfois plus grand-chose à se partager.
La parade : consulter dès le départ un professionnel qui a une vision des deux pays concernés — quelqu'un qui peut expliquer ce que donne une procédure engagée en France, ce que donne une procédure engagée dans le pays d'accueil, et quelle est la stratégie la plus adaptée à la situation concrète du couple.
Combien coûte un divorce international ?
Plus cher qu'un divorce en France — souvent bien plus cher, pour plusieurs raisons. Les avocats spécialisés en droit international pratiquent des honoraires plus élevés que les généralistes : à Paris, on parle facilement de 500 euros de l'heure pour un avocat en droit de la famille international. Et dans les pays de common law — Hong Kong, Singapour, Australie, Angleterre — le système des solicitors et barristers implique souvent deux avocats distincts : l'un pour le conseil, l'autre pour plaider. Le coût d'une seule audience peut atteindre des sommes considérables.
Au-delà des frais financiers, il y a la charge mentale. Gérer une procédure de divorce à distance, dans une langue étrangère, avec des règles qu'on ne comprend pas — c'est épuisant. Et cet épuisement pousse parfois à des décisions irrationnelles, guidées par la colère plutôt que par la raison.
Ce que Sarah-Jane observe le plus souvent dans ces situations : la volonté de « faire payer l'autre ». Une émotion compréhensible — mais aveugle. Parce que l'argent dépensé en frais d'avocats, c'est de l'argent qui ne sera jamais partagé entre les deux parties. Il est parti.
Quand la médiation fonctionne-t-elle — et quand ne suffit-elle pas ?
La médiation est souvent présentée comme la solution miracle aux conflits de divorce. La réalité est plus nuancée.
La médiation, c'est un espace dans lequel deux personnes peuvent rétablir un dialogue en présence d'un tiers impartial — le médiateur — pour trouver elles-mêmes des solutions à leurs désaccords. Le médiateur ne donne pas de conseils juridiques, n'impose pas de solution, et ne prend pas parti. Son rôle est de faciliter la discussion.
Ce qu'elle peut apporter : du temps gagné, des frais réduits, des décisions prises par les parties elles-mêmes plutôt qu'imposées par un juge, et surtout une relation plus apaisée après la séparation — essentiel quand les deux parents vont continuer à élever leurs enfants ensemble pendant des années.
Ce qu'elle ne peut pas faire : résoudre une situation où l'une des parties refuse de dialoguer honnêtement, où il existe des violences conjugales, ou quand l'une des parties l'utilise pour gagner du temps.
Et elle n'est pas réservée au début du conflit. Beaucoup de couples arrivent en médiation après deux ou trois ans de procédure judiciaire, épuisés financièrement et émotionnellement, pour finalement trouver un accord en deux jours de travail intensif. Ce n'est pas l'idéal — mais c'est parfois le chemin nécessaire.
Peut-on rentrer en France avec les enfants sans l'accord de l'autre parent ?
Non — et c'est l'erreur aux conséquences juridiques les plus graves de tout l'épisode. Même s'il s'agit de son propre enfant, même si les raisons sont compréhensibles — épuisement, isolement, dépendance économique, peur de rester coincé dans un pays étranger pendant des années — cette décision est légalement considérée comme un enlèvement d'enfant. La Convention de La Haye prévoit dans ce cas que l'enfant doit être renvoyé dans le pays d'où il a été retiré, et les conséquences pour le parent qui a pris cette décision peuvent être très lourdes.
Plus largement, dans un divorce à l'international, la question des enfants est celle qui fait tout basculer. Où vont-ils vivre ? Avec quel parent ? Dans quel pays ? Dans quelle école ? Tant que les discussions portent sur les finances, beaucoup de couples arrivent à rester à peu près civils. Dès que les enfants entrent dans l'équation, les positions se figent et les émotions prennent le dessus.
La bonne approche dans ces situations : ne pas rester seul face à la décision, consulter un professionnel qui connaît les deux pays concernés, et si possible engager une médiation — même imparfaite — plutôt que d'agir dans l'urgence.
Quelles sont les erreurs les plus fréquentes dans un divorce d'expatriés ?
La première : rester seul. Se fier aux conseils de l'entourage, chercher des réponses sur les réseaux sociaux, ou s'appuyer uniquement sur un avocat local sans vision internationale — autant de chemins vers une mauvaise décision.
La deuxième : agir trop vite. Les décisions prises sous le coup de l'émotion — saisir un juge, partir avec les enfants, bloquer les comptes — ont des conséquences souvent irréversibles qui compliquent considérablement la suite.
La troisième : sous-estimer les coûts. Pas seulement financiers — en temps, en énergie, en santé mentale, et en impact sur les enfants.
Le message de Sarah-Jane est simple : trouver un professionnel qui a une vision globale de la situation, s'informer avant d'agir, et ne pas rester isolé. En France, l'association des Avocats de la Paix regroupe des avocats engagés dans les modes alternatifs de résolution des conflits, dont plusieurs spécialisés en droit international de la famille.
Citation de l’épisode
« On retrouve des gens qui font des années de procédure et à la fin, il n’y a plus rien. »
À propos de l’invitée
Sarah-Jane Tasteyre est avocate et médiatrice internationale. Elle accompagne des familles confrontées à des séparations transfrontalières et travaille en lien avec des avocats, médiateurs et associations dans plusieurs pays.
Pour contacter Sarah-Jane : Sarah-Jane TASTEYRE | LinkedIn
🛑 Disclaimer
Les informations partagées dans cet épisode sont fournies à titre pédagogique et général. Elles ne constituent pas un conseil juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, il est recommandé de consulter un professionnel qualifié avant toute décision.




