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Préparer sa retraite quand on vit à l'étranger : ce que les non-résidents doivent anticiper

  • 14 août 2025
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 9 juin

Préparer sa retraite quand on vit à l'étranger

Il y a des personnes qui, à 45 ans, se retrouvent financièrement indépendantes sans l'avoir vraiment planifié. Elles ont simplement commencé tôt, épargné régulièrement, et laissé le temps faire son travail. Et il y a les autres — souvent avec des carrières brillantes, des salaires élevés — qui se réveillent à 50 ans sans filet, parce que personne ne leur a jamais dit qu'à l'étranger, la retraite, c'est leur affaire. En France, la retraite est un sujet que l'État gère à ta place. Tu cotises, sans y réfléchir, et un jour tu touches une pension. Le système par répartition — c'est-à-dire que les actifs d'aujourd'hui financent les retraités d'aujourd'hui — tient la main à tout le monde. Ce n'est pas parfait, ça fait débat, mais ça a au moins l'avantage de t'enlever le problème de l'esprit. Dès que tu t'expatries en contrat local, ce filet disparaît. Tu n'as plus de cotisations automatiques. Tu n'as pas de chômage si tu perds ton emploi. Tu n'as pas de système qui pense à ta place. Ce que tu mets de côté — ou pas — aujourd'hui, c'est ce que tu auras dans 20 ou 30 ans. Ce changement est radical, et pourtant la majorité des expatriés n'y pensent pas tout de suite. Soit parce qu'ils comptent rentrer en France dans deux ou trois ans, soit parce qu'ils n'ont jamais vraiment développé ce réflexe — l'éducation financière en France est quasi inexistante, précisément parce que l'État s'est toujours chargé du plus gros. Ce qui rend la situation des expatriés à la fois plus complexe et plus intéressante, c'est le choix. Un résident en France n'a pas d'alternative : il cotise au régime général, point. Un expatrié peut décider de se rattacher volontairement à la CFE — la Caisse des Français de l'Étranger — ou de construire sa propre retraite par capitalisation. Certains font les deux. Ce choix est une vraie liberté. Mais il vient avec une responsabilité entière.


Dans cet épisode, Elisabeth Zambelis reçoit Samba Gandega, conseiller en gestion de patrimoine spécialisé dans l'accompagnement des expatriés français, pour démystifier la retraite par capitalisation : pourquoi commencer tôt change tout, comment structurer une stratégie depuis zéro, quels produits éviter et où placer son épargne quand on vit hors de France. Si tu t'es déjà dit "j'y penserai plus tard", cet épisode est fait pour toi.


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Ce que tu vas comprendre dans cet épisode

- La retraite par capitalisation n'est pas une option parmi d'autres pour un expatrié en contrat local — c'est souvent la seule solution réaliste, et elle demande d'agir bien avant d'en avoir envie.

- Commencer à 30 ans plutôt qu'à 40 ans, c'est potentiellement diviser par trois ou quatre le montant mensuel à épargner pour atteindre le même objectif.

- Le PEA, le PER et les SCPI français ne sont pas interdits aux expatriés, mais ils perdent une grande partie de leur intérêt dès qu'on devient non-résident fiscal — et certains créent une fiscalité inutile.

- Des juridictions comme le Luxembourg ou l'Île de Man offrent aux expatriés une protection des avoirs supérieure à la France, une fiscalité neutre et une compatibilité avec une retraite dans n'importe quel pays.

- Cotiser dans plusieurs pays sur de courtes périodes peut ne déboucher sur aucune retraite utilisable — et récupérer ces cotisations en capital avant de quitter le pays est souvent la meilleure décision.

- Une retraite par capitalisation solide devrait être "ennuyeuse" : épargne régulière, diversification entre immobilier et financier, rendement de 6 à 8 % sur le long terme, et surtout pas de trading.



CFE ou capitalisation : comment faire le bon choix dès le départ ?

Quand on part en expatriation, la première question à se poser n'est pas "quel produit je choisis" mais "est-ce que je reste rattaché au système français ou je construis mon propre système ?". Ces deux options ne s'excluent pas forcément, mais elles impliquent des logiques très différentes. Rester affilié à la CFE — la Caisse des Français de l'Étranger, l'organisme qui permet aux expatriés de continuer à cotiser au régime de retraite par répartition français — a du sens dans deux cas précis. Le premier : tu pars pour deux ou trois ans et tu sais que tu rentres. Interrompre tes cotisations pour quelques années ferait plus de mal que de bien. Le second : tu as déjà cotisé 25 à 30 ans en France, sur une carrière totale d'environ 42 trimestres requis. Dans ce cas, abandonner le système à mi-chemin serait dommage. Pour tout le monde en dehors de ces deux situations — et en particulier pour les profils de carrière internationale longue — la retraite par capitalisation s'impose. L'idée est simple : reproduire soi-même la mécanique de cotisation automatique que le système français faisait à ta place, mais en gardant le contrôle total sur où va l'argent, comment il travaille, et à quel âge tu peux t'arrêter. Des expatriés partent à la retraite à 55 ans. Pas parce qu'ils ont gagné à la loterie, mais parce qu'ils ont appliqué cette rigueur dès le début de leur carrière.


Par où commencer quand on doit bâtir sa retraite soi-même ?

La tentation, quand on aborde ce sujet pour la première fois, c'est de chercher le bon produit. Le bon contrat, la bonne enveloppe. C'est pourtant la dernière question à se poser — pas la première. La bonne approche commence par un état des lieux : où en suis-je aujourd'hui ? Quel patrimoine j'ai déjà ? Quelle capacité d'épargne mensuelle ? Et ensuite : où est-ce que je veux être dans 20 ou 30 ans ? Quel niveau de revenus passifs me permettrait de lever le pied ? La différence entre ces deux points, c'est ce qu'on appelle le planning financier — et c'est ce qui donne la stratégie. Avant même de penser à investir pour la retraite, il y a une base non négociable : une épargne de précaution. En expatriation, elle doit être plus importante qu'en France, entre 6 et 12 mois de dépenses courantes. Pourquoi ? Parce que si tu perds ton emploi en Corée ou au Japon, il n'y a pas de chômage. Parce qu'un gros pépin de santé peut représenter des frais médicaux très lourds. Cette réserve ne doit pas être investie — la priorité, ce n'est pas le rendement, c'est la disponibilité. Une fois cette base posée, la stratégie se structure sur trois horizons : le court terme (épargne disponible, rendement entre 0 et 2 %), le moyen terme (projets à 5-10 ans, 4 à 6 % visés), et le long terme, soit la retraite (6 à 8 % par an). L'objectif est de rediriger entre 30 et 50 % de la capacité d'épargne mensuelle vers ce dernier horizon — et d'y toucher le moins possible.


Pourquoi garder ses placements en France est souvent une mauvaise idée

C'est un réflexe courant : on reste attaché aux produits français, souvent parce qu'on pense rentrer un jour, ou simplement parce qu'on ne connaît pas les alternatives. Le problème, c'est que les produits français perdent beaucoup de leur attrait dès qu'on devient non-résident fiscal. Prenons le PER — le Plan d'Épargne Retraite. En France, son principal avantage est la déduction fiscale sur les versements, directement sur les revenus professionnels. Quand on est expatrié, on n'a plus de revenu imposable en France. Cette déduction disparaît. Le PER reste utilisable, mais on en a sacrifié la moitié de l'intérêt. Les SCPI — des fonds qui permettent d'investir indirectement dans l'immobilier en achetant des parts — posent un problème différent. Les loyers perçus sont considérés comme des revenus fonciers. Et pour un expatrié, ces revenus fonciers ne partent pas de zéro : ils commencent à 20 %, passent à 30 % au-dessus d'un certain seuil, auxquels s'ajoutent 17,2 % de prélèvements sociaux. On peut donc se retrouver à une fiscalité globale de 37 à 47 %. Il existe des SCPI européennes avec une fiscalité plus favorable, mais le sujet mérite d'être anticipé. Et même sur des placements théoriquement exemptés, les banques françaises appliquent souvent la fiscalité par défaut — et la récupérer demande parfois de faire remplir un formulaire CERFA par les autorités fiscales japonaises. Ce n'est pas une blague.


Luxembourg, Île de Man : pourquoi des juridictions tierces changent la donne Pour un expatrié qui cherche où loger son épargne retraite, deux juridictions reviennent régulièrement : le Luxembourg et l'Île de Man. Ces deux pays ont en commun une protection des avoirs nettement supérieure à la France — entre 90 et 100 % des capitaux déposés, contre 70 000 euros sur un contrat d'assurance vie en France. Ils offrent également une fiscalité neutre : pas de taxation en leur sein, ce qui évite la double imposition. L'autre avantage concret : ces solutions suivent la personne, pas le pays de résidence. Que tu sois en Chine, à Singapour ou à Dubaï, le contrat reste le même, dans une devise stable, sans risque de gel des actifs ou de blocage à la sortie. C'est précisément le problème que posent certains pays : la Chine, par exemple, a des processus très lourds pour les transferts sortants. La Russie, lors de l'invasion de l'Ukraine, a complètement bloqué les flux entrants et sortants. Un stock de liquidités considérable peut devenir inutilisable du jour au lendemain. Il faut en revanche éviter les juridictions qui figurent sur la liste des États et territoires non coopératifs — le Panama, les Bahamas — c'est-à-dire des pays qui ne partagent pas d'informations fiscales avec la France et les membres de l'OCDE. Ces structures peuvent sembler attrayantes, mais elles exposent à des risques réels en cas de contrôle ou d'enquête fiscale.


Carrière internationale : que faire des retraites éparses dans plusieurs pays ?

C'est le cas de beaucoup d'expatriés en contrat local dans les secteurs du luxe, de la finance ou de la tech : Dubaï, Singapour, Tokyo, Shanghai, quelques années dans chaque pays. À 45 ans, ils ont cotisé un peu partout — et pas assez longtemps nulle part pour prétendre à grand-chose. Le problème est double. D'abord, les durées minimales de cotisation : en Chine, par exemple, il faut avoir cotisé au moins 15 ans pour avoir droit à une retraite. Trois ou quatre ans dans le pays ne donnent rien. Ensuite, le risque de change : une retraite accumulée en yens japonais, dans un contexte où la monnaie a perdu 30 % en deux ans, vaut mécaniquement 30 % de moins au moment de la toucher. La recommandation est claire : quand on quitte définitivement un pays, il faut se poser la question immédiatement. Est-ce que les droits accumulés sont suffisants pour justifier de les conserver ? Dans la plupart des cas, la réponse est non. Certains pays permettent de récupérer les cotisations en capital au départ — c'est souvent la meilleure option, à condition de réinvestir ce capital dans une épargne retraite personnelle et pas de l'utiliser pour autre chose. Il existe des accords bilatéraux entre la France et certains pays — la Corée du Sud, Taïwan — qui permettent de cumuler des trimestres et de les transférer vers le régime français. C'est utile, mais limité à la retraite par répartition et au régime général. Ça ne règle pas la question de fond : sans épargne retraite personnelle construite sur le long terme, les cotisations éparses ne produiront pas de retraite digne de ce nom.



Citation de l’épisode

“Une retraite par capitalisation, c’est par définition une retraite qui est volatile. Il faut accepter cette volatilité, s’éduquer pour l’accepter, et rester diversifié sur le long terme sans chercher des gains rapides.” – Samba Gandega

À propos de Samba Gandega

Samba Gandega accompagne les Français de l’étranger dans la mise en place de stratégies patrimoniales adaptées aux contraintes fiscales et réglementaires internationales.


Pour contacter Samba : Samba Gandega, CFP® | LinkedIn



🛑 Disclaimer : Les informations de cet épisode sont fournies à titre informatif et éducatif. Elles ne constituent pas un conseil financier personnalisé. Chaque situation étant unique, il est recommandé de consulter un professionnel qualifié avant toute décision.


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