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L'erreur financière que font (presque) tous les expatriés

  • 19 sept. 2025
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 juin

L’erreur financière que font (presque) tous les expatriés

Sophie Hau coache des banquiers. Des professionnels de la finance qui viennent la voir en cachette, avec ce qu'elle appelle une double honte : « Je travaille dans une banque, je suis censé en savoir plus que le citoyen lambda — et je n'en sais pas plus. » C'est toute la thèse de cet épisode : ni un gros salaire ni des connaissances en finance ne suffisent à régler ses problèmes d'argent. Ce qui fait la différence, c'est le rapport à l'argent et les habitudes — et ça, ça s'apprend.

Le sujet est particulièrement urgent pour les Français de l'étranger, qui doivent gérer leur argent dans un contexte à part : des revenus souvent plus élevés, un train de vie qui suit, des avantages fiscaux locaux ignorés, et une erreur financière commise presque universellement — laisser son argent dormir, des années, sur un compte courant.


Sophie Hau est coach financière, basée à Hong Kong. Elle a accompagné plus de 70 personnes — expatriés français et locaux — et intervient comme consultante et conférencière en éducation financière auprès d'entreprises de la banque, du luxe ou de la pharma. Sa particularité : elle n'est affiliée à aucune institution financière et ne vend aucun produit.

Dans cet épisode, elle décortique pourquoi on n'investit pas alors qu'on sait qu'il le faudrait, pourquoi copier son entourage est un piège, comment définir des objectifs qui protègent du train de vie expat — et le rituel simple qui change tout.

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Ce que tu vas apprendre dans cet épisode

  • L'argent qui dort sur un compte courant perd 2 à 3 % de valeur par an à cause de l'inflation — en 20 ans, c'est jusqu'à la moitié de ton épargne qui s'évapore, sans compter les gains d'investissement perdus.

  • Plus d'argent ou plus de connaissances ne résolvent pas les problèmes financiers : le vrai levier, c'est le rapport à l'argent et les habitudes — même les banquiers viennent se faire coacher.

  • On investit comme son entourage — l'immobilier parce que les parents l'ont fait — alors que la situation a changé et que mettre 100 % de son épargne sur un seul actif est le contraire de la diversification.

  • Commencer tôt n'est pas un conseil de plus : c'est faire ses erreurs quand les montants sont petits, pour connaître son style d'investisseur avant que les enjeux deviennent sérieux.

  • Les objectifs de vie passent avant les objectifs financiers — et ils sont la meilleure protection contre le piège du train de vie expat et la pression de l'entourage.

  • Le rituel qui change tout : le « money date » — un rendez-vous régulier et non négociable avec ses finances, seul ou en couple.



Quelle est l'erreur financière la plus fréquente chez les expatriés ?

Laisser son argent dormir sur le compte courant — c'est, de loin, ce que Sophie observe le plus. Chez ceux qui épargnent, du moins — car d'autres n'épargnent même pas assez, ce qui est un problème en amont. Le coût de cette inaction est invisible mais massif : avec une inflation de 2 à 3 % par an, un euro de demain vaut moins qu'un euro d'aujourd'hui, et en 20 ans, l'épargne peut perdre jusqu'à la moitié de sa valeur. Tu es doublement perdant : ton argent ne se protège pas de l'inflation, et il ne travaille pas pour toi pendant que toi, tu échanges ton temps contre un salaire de 9h à 18h — ou 20h.

Le paradoxe est encore plus criant à l'étranger. Dans des places comme Hong Kong ou Singapour, il n'y a pas d'imposition sur les plus-values boursières — un avantage considérable pour un Français, qui n'existe pas en France. Sophie voit pourtant des expatriés passer des années sur place sans en profiter, par prudence, par submersion face aux conseillers très commerciaux de la place, ou en se contentant d'investir en France par habitude. Ce ne sont pas quelques mois perdus : ce sont des années d'intérêts composés.


Pourquoi tant d'expatriés n'investissent-ils pas alors qu'ils savent qu'il le faudrait ?

Parce que le blocage est rarement un manque d'information — tout le monde sait qu'il faut épargner, budgéter, investir. Combien passent réellement à l'action ? La réponse se trouve dans le rapport à l'argent : un besoin de sécurité hérité de parents qui ont perdu en investissant, un passage par le chômage qui réclame deux ans de salaire en matelas, un manque de temps ou d'intérêt. Le travail de Sophie en coaching commence toujours là : comprendre pourquoi, avant de parler placements.

S'y ajoute, côté expatriés, le piège du train de vie. À Hong Kong, le coût de la vie élevé se double d'une pression de statut — les restaurants, le dernier téléphone, les vacances paradisiaques. Et certaines dépenses « de luxe » en France deviennent des quasi-obligations sur place : l'école internationale, l'assurance santé, le helper. Sophie cite un client qui gagne plus de 10 000 € par mois — et dont les 10 000 € partent dès le début du mois entre le loyer, trois enfants au lycée français et le train de vie devenu incompressible. Vu de France, il est riche ; vécu de Hong Kong, il ne voyage pas comme il le souhaite.


Faut-il investir dans l'immobilier parce que tout le monde le fait ?

Non — et c'est la deuxième erreur que Sophie voit partout : on investit comme son entourage. Si la famille n'a fait que de la pierre, on fera de la pierre ; si les collègues hongkongais font du stock picking, on misera sur des actions individuelles. Or l'entourage n'est pas un conseiller : à Hong Kong, les prix immobiliers ont chuté depuis le Covid et les taux variables non plafonnés ont fait bondir des mensualités de 25 à 40 %. La génération des parents a fait fortune dans un marché qui n'existe plus.

Même en France, avec ses taux fixes protecteurs, le problème structurel demeure pour un jeune investisseur : l'apport d'un premier achat représente souvent 90 à 100 % de son épargne — tout sur un seul actif, le contraire de la diversification. Sophie en parle d'expérience : son premier investissement, un bien immobilier en France acheté sur le tard, n'a jamais pris de valeur ; frais de notaire inclus, le revendre aujourd'hui serait une perte. Attention à la nuance, qu'Elisabeth souligne dans l'épisode : un bien peut légitimement répondre à un objectif de vie — la sécurité d'un point de chute, une maison où l'on est bien — et c'est très différent d'un investissement pur. L'erreur n'est pas d'acheter ; c'est de ne pas savoir lequel des deux on est en train de faire.


Pourquoi faut-il commencer à investir le plus tôt possible ?

Parce que tout le monde fait des erreurs — et que la seule variable sur laquelle tu as la main, c'est le moment où tu les fais. Sophie est catégorique : ceux qui prétendent n'avoir jamais fait d'erreur financière mentent. Elle-même a commencé à 30 ans, « tard dans sa vie d'investisseuse », et a enchaîné les apprentissages coûteux — immobilier, actions, cryptos. Commencer à 18 ou 20 ans, c'est faire les mêmes erreurs avec 100 € au lieu de dizaines de milliers, et arriver à 30 ans en connaissant son style d'investisseur, son appétence au risque, ses sujets — car non, l'investissement boursier n'est pas la tasse de thé de tout le monde, et ce n'est pas grave.

C'est aussi le seul moyen de débusquer ses biais. La finance comportementale en compte plus de 150 — biais de confirmation, biais du présent — et ils pilotent nos décisions d'argent en silence. On ne les découvre pas dans un livre : on les découvre en investissant, petit, tôt, et en se trompant à petite échelle.


Comment définir ses objectifs financiers — et pourquoi ça effraie autant les Français ?

Dans cet ordre précis : les objectifs de vie d'abord, les objectifs financiers ensuite. Impossible de dire si un portefeuille est « bien ou pas » sans savoir où va son propriétaire — partir à la retraite avec 2 000 € par mois ou avec 10 000 €, ce n'est pas le même plan. Sophie constate que l'exercice effraie particulièrement les Français : « Je ne sais pas quand je partirai à la retraite, je ne sais pas où je serai... » Sa réponse : un objectif n'est pas gravé dans le marbre, c'est une direction — on a le droit, et même de fortes chances, de changer d'avis en route. Travailler sans objectifs financiers, c'est comme travailler sans objectifs annuels : comment évaluer quoi que ce soit ?

Et les objectifs ont un pouvoir inattendu : ils protègent. Du train de vie mimétique — la meilleure voiture, les vacances à 5 000 € la semaine, parce que les autres le font. Des proches à qui l'on prête sans jamais revoir son argent, faute de pouvoir dire non. Et même de la culpabilité inverse : Sophie raconte une cliente au train de vie élevé que son entourage jugeait dépensière — alors que tous ses objectifs étaient financés, retraite à 53 ans comprise. Avec des objectifs clairs, on peut se couper du bruit, dans les deux sens.


Comment se faire aider pour mieux gérer son argent ?

À combler le fossé entre le savoir et l'action. La première session de Sophie sert à identifier le blocage : état d'esprit (un rejet inconscient de l'argent), habitudes, ou réel manque de connaissances — fiscalité, assurances, dépenses, et jusqu'au testament et à la planification en cas d'incapacité, cette partie de la santé financière qu'on oublie toujours. Ensuite, le coach fonctionne comme un coach sportif : un plan, des devoirs, un suivi, quelqu'un à qui rendre des comptes. Avec, pour les nouveaux arrivants à Hong Kong, un piège très concret à désamorcer : la première déclaration d'impôts exige de payer l'année en cours plus une provision pour l'année suivante — environ 15 % de revenus, fois deux — et certains s'endettent faute de l'avoir anticipé.

Côté entreprises, Sophie milite pour des formations d'éducation financière neutres — et les chiffres qu'elle cite plaident pour elle : à Hong Kong, la moitié des employés rencontrent des difficultés financières, un tiers vit sans épargne, et les deux tiers déclarent que leurs soucis d'argent pèsent sur leur travail, jusqu'à un jour de productivité perdu par semaine. Beaucoup d'entreprises font déjà venir des intervenants — mais souvent des banquiers ou des assureurs qui pitchent leurs produits avec une remise, et les employés ne sont pas dupes. L'éducation financière sans produit à vendre, conclut-elle, est le seul format qui crée le déclic. Et le premier devoir qu'elle donne tient en deux mots : le « money date » — un rendez-vous régulier, non négociable, avec ses finances, seul ou en couple. Idéalement une fois par mois. Comme le sport — en espérant que le sport, lui, soit plus fréquent.


Citation de l’épisode

“Avoir plus d’argent ou plus de connaissances ne résout pas tout. Ce qui change vraiment les choses, ce sont les habitudes qu’on met en place.” — Sophie Hau

À propos de Sophie Hau

Basée à Hong Kong, Sophie Hau a accompagné plus de 70 expatriés et locaux dans la gestion de leur relation à l’argent et leurs objectifs financiers. Consultante et conférencière en éducation financière, elle intervient dans des entreprises internationales (banque, luxe, pharma) et milite pour une éducation financière moderne et accessible.

🔗 La retrouver sur : Sophie Hau | LinkedIn🌐 Site : moneysophy.com


🛑 Disclaimer : Les informations de cet épisode sont fournies à titre informatif et éducatif. Elles ne constituent pas un conseil financier personnalisé. Chaque situation étant unique, il est recommandé de consulter un professionnel qualifié avant toute décision.



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