Prévoyance en expatriation : le filet de sécurité que presque personne ne souscrit avant de partir
Dernière mise à jour : 8 juin
Tu as pris une assurance santé internationale. Tu penses à ta retraite. Mais si tu décèdes demain à l'étranger, qu'est-ce qui arrive à ta famille ? Comment elle rentre ? Avec quel argent ? C'est exactement ce que la plupart des expatriés n'ont pas anticipé. Quand on quitte la France, on pense d'abord à la couverture santé. C'est normal. On a grandi avec la Sécurité sociale, on veut retrouver quelque chose de comparable là où on s'installe. Mais la santé, c'est seulement une partie de ce qu'on perd en partant. Ce que beaucoup oublient — y compris les DRH qui gèrent des salariés détachés — c'est la prévoyance. C'est-à-dire tout ce qui couvre le capital décès, la perte totale d'autonomie, l'arrêt de travail, l'invalidité. En France, cette protection existe souvent sans qu'on le sache vraiment. Elle est intégrée dans les contrats collectifs souscrits par l'employeur. On ne la voit pas, on ne la gère pas, elle tourne en arrière-plan. À l'étranger, elle disparaît. Et personne ne te prévient. La situation est encore plus délicate pour les familles expatriées où un seul des deux conjoints travaille. C'est une réalité très fréquente au début d'une expatriation. Si ce conjoint décède ou se retrouve en incapacité de travailler, les conséquences sont immédiates : plus de revenus, un loyer à payer dans un pays étranger, des enfants à gérer, et potentiellement un retour en France à organiser sans filet. Pas de famille proche pour aider, pas de réseau de soutien solide. La vulnérabilité est réelle. Ce n'est pas le même risque qu'en France, où les deux membres d'un couple travaillent plus souvent, où la famille peut intervenir rapidement, où les droits à la Sécurité sociale continuent à s'activer. À l'étranger, tout repose sur une seule personne. Et si cette personne tombe, tout peut s'effondrer très vite.
Raphaël Lebars, courtier en assurance internationale vient clarifier un sujet que beaucoup évitent parce qu'ils ne savent pas par où commencer. Dans cet épisode, tu comprends comment fonctionne un contrat de prévoyance expatrié, ce que couvre la CFE, combien assurer, et surtout pourquoi attendre est la pire des stratégies.
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Ce que tu vas comprendre dans cet épisode
- La prévoyance est le grand oublié de la protection sociale en expatriation — même les DRH qui gèrent des mobilités internationales passent souvent à côté
- La CFE couvre une partie de la prévoyance, mais elle ne suffit pas seule : une complémentaire est indispensable pour être vraiment protégé
- Le capital décès n'est pas lié à tes revenus — même le conjoint qui ne travaille pas peut et doit être couvert
- La règle de base pour le capital décès, c'est l'équivalent de trois ans de salaire — mais tout se calibre en fonction de ta situation réelle
- Changer d'assureur en cours d'expatriation est possible, à condition de ne pas avoir eu de problème de santé entretemps : rester par loyauté peut coûter très cher - Pour les entrepreneurs français à l'étranger, qui n'ont souvent aucun rattachement à un système local, souscrire un contrat de prévoyance n'est pas une option — c'est une nécessité
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La prévoyance, qu'est-ce que c'est? — et pourquoi c'est différent de l'assurance santé ?
On peut facilement confondre assurance santé et prévoyance. Les deux font partie de la protection sociale, mais elles ne couvrent pas les mêmes risques. L'assurance santé rembourse les frais médicaux : consultations, hospitalisations, médicaments. La prévoyance, elle, couvre les conséquences financières d'un accident de vie grave : le décès, la perte totale d'autonomie — c'est-à-dire l'incapacité à accomplir seul les actes du quotidien —, l'invalidité, ou un arrêt de travail prolongé. En France, cette couverture existe souvent sans qu'on y prête attention. La Sécurité sociale intervient sur l'arrêt de travail et l'invalidité. Les contrats collectifs souscrits par l'employeur complètent le reste. On bénéficie du système sans jamais avoir à le choisir. À l'étranger, ce filet disparaît. Et contrairement à la santé — dont l'absence se remarque dès la première consultation — l'absence de prévoyance ne se voit que quand il est trop tard. C'est ce qui en fait, selon Raphaël Lebars, "le petit mouton noir de la protection sociale à l'étranger". Moins visible, moins urgent en apparence, mais potentiellement bien plus dévastateur quand un accident survient.
CFE et complémentaire : pourquoi les deux sont nécessaires
La CFE, la Caisse des Français de l'Étranger, est une caisse de sécurité sociale dédiée aux Français qui vivent hors de France. Son affiliation est volontaire — on n'y est pas rattaché automatiquement comme en France. Elle couvre quatre garanties principales : la santé, la maladie professionnelle, l'arrêt de travail et la retraite. Sur la prévoyance, la CFE intervient notamment sur le capital décès et l'arrêt de travail, mais à hauteur de ce que la Sécurité sociale aurait remboursé en France. Concrètement, cela représente une base de remboursement calculée sur tes revenus — pas sur le pays où tu vis. Un Français au Maroc et un Français aux États-Unis cotisent selon leur revenu, pas selon le coût de la vie locale. Ce que la CFE ne couvre pas, c'est le reste. Et c'est là qu'intervient la complémentaire prévoyance. Selon les formules disponibles, elle peut prendre en charge 80 %, 90 % ou 100 % du salaire en cas d'arrêt de travail, avec des franchises variables : 30 jours, 60 jours ou 90 jours avant que les indemnités commencent à être versées. Plus la franchise est longue, moins la cotisation est élevée. C'est à chacun de trouver le bon équilibre selon sa situation. Pour les salariés détachés — c'est-à-dire envoyés à l'étranger par une entreprise française qui maintient leur contrat de droit français — la CFE n'est pas toujours la bonne base. Dans ce cas, on parle plutôt de couverture "aux premiers euros", sans passer par la CFE. C'est un point technique que peu de salariés vérifient avant de partir.
Capital décès : Couvrir les deux conjoints, y compris celui qui ne travaille pas
La règle de base que Raphaël Lebars applique : couvrir l'équivalent de trois ans de salaire en capital décès. C'est la somme versée en une fois au bénéficiaire désigné — conjoint, enfants — en cas de décès de l'assuré. Pas une rente mensuelle : un versement unique. Ce qui surprend souvent, c'est que cette garantie n'est pas liée aux revenus. Même quelqu'un qui ne travaille pas peut souscrire un capital décès, jusqu'à 500 000 euros. La cotisation est proportionnelle au capital choisi, pas au revenu. Ce qui signifie qu'il est tout à fait possible de couvrir le conjoint accompagnateur — celui qui a arrêté de travailler pour suivre la mobilité. Et c'est important. Au-delà du rapatriement du corps — qui peut représenter plusieurs milliers d'euros selon le pays —, le décès du conjoint non-actif génère des frais réels et immédiats. Garde d'enfants, aide à domicile, adaptation du quotidien. Il existe des études qui évaluent à plus de 150 000 dollars par an la valeur du travail domestique non rémunéré. Si cette personne disparaît, il faut financer des solutions de remplacement. Et souvent, dans l'urgence. Sur les contrats collectifs internationaux, la prévoyance peut aller encore plus loin : rente de conjoint, rente d'éducation pour financer les études des enfants. Ces garanties — une rente mensuelle versée au conjoint survivant pendant une certaine durée, ou des versements réguliers pour les études des enfants — sont en général absentes des contrats individuels mais accessibles via l'entreprise. Pour les familles expatriées avec enfants, c'est un point à vérifier systématiquement.
Entrepreneur à l'étranger : le profil le plus exposé
Depuis le Covid, le nombre de Français qui s'installent à l'étranger en tant qu'indépendants a fortement augmenté. Travail à distance, nomadisme numérique, création d'entreprise locale : ces profils sortent du système français sans intégrer de système local. Résultat : zéro couverture prévoyance par défaut. Pour un salarié en France, l'employeur souscrit. Pour un salarié détaché, l'entreprise a une obligation légale de protection — et peut être condamnée si elle n'y a pas pourvu. Mais pour un entrepreneur individuel à l'étranger, personne ne souscrit à sa place. Et dans beaucoup de pays, l'affiliation au système local n'est ni simple ni automatique. La bonne nouvelle, c'est que les contrats individuels sont flexibles. Si couvrir l'intégralité de ses revenus coûte trop cher, on peut s'assurer pour un montant partiel. Quelqu'un qui gagne 50 000 euros par an peut choisir de couvrir 20 000 euros de revenus annuels. Ce n'est pas parfait, mais ça permet d'absorber le choc d'un arrêt prolongé le temps de se remettre sur pied, sans plomber le budget mensuel. À noter : sur les contrats individuels, il n'est généralement pas possible de souscrire une garantie arrêt de travail sans avoir d'abord souscrit le capital décès. Le capital décès est le socle minimum. C'est le point de départ, pas une option.
Changer d'assureur en cours d'expatriation : c'est possible et parfois la bonne solution
Une idée reçue tenace : une fois qu'on a souscrit un contrat, on y reste. Par habitude, par flemme, ou parce qu'on a peur des complications. En prévoyance comme en santé internationale, changer d'assureur est possible — à condition que l'état de santé n'ait pas évolué défavorablement depuis la première souscription. Si c'est le cas, on peut refaire un questionnaire de santé auprès d'un nouvel assureur et bénéficier de meilleures conditions tarifaires, notamment lors d'un changement de tranche d'âge. Les cotisations augmentent souvent de façon significative entre 44 et 45 ans, par exemple. Si l'état de santé le permet, rien n'empêche de renégocier. En revanche, si une pathologie est apparue entre-temps, le contrat actuel la couvre — un nouvel assureur pourrait refuser l'adhésion ou exclure cette pathologie. Dans ce cas, rester chez son assureur est la décision rationnelle, même si la cotisation augmente. Le message est simple : la loyauté envers un assureur n'a pas de valeur en soi. Ce qui compte, c'est d'être bien couvert au bon prix. Et ça se réévalue régulièrement.
Citation de l'épisode
Il faut protéger sa famille ou les personnes de son entourage et c'est d'autant plus vrai en expatriation.
À propos de l'invité
Raphaël Lebars est courtier en assurance internationale. Il accompagne aussi bien les particuliers que les entreprises dans la mise en place de couvertures adaptées aux réalités de l'expatriation.
📩 Pour contacter Raphaël : Raphaël Le Bars | LinkedIn
🛑 Les épisodes ne constituent pas des conseils financiers personnalisés. Chaque situation est unique : les témoignages et partages d’expérience sont là pour t’inspirer et t’aider à poser les bonnes questions.



