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Argent et expatriation : ce que personne ne te dit sur ce que tu ressens vraiment

  • 14 août 2025
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 22 heures

Parler d'argent, c'est inconfortable. Pas parce que c'est compliqué techniquement — mais parce que ce n'est jamais vraiment de l'argent dont on parle. C'est de notre valeur personnelle, de nos peurs, de notre rapport au pouvoir. Et quand on s'installe dans un autre pays, tout ce qu'on portait déjà en soi sur ce sujet remonte à la surface, souvent sans prévenir.


Ton rapport à l'argent ne vient pas de nulle part. Il s'est construit progressivement, à travers l'éducation que tu as reçue, les tensions financières que tu as peut-être observées dans ton foyer, les croyances de ta famille, de ta culture, parfois de ta religion sur ce que représente la richesse ou le manque. Un enfant qui a grandi dans un contexte de difficultés financières va souvent associer l'argent à une source de conflit, à une source de mal-être. À l'âge adulte, cette association continue d'influencer sa façon de gérer, d'épargner, d'investir — ou d'éviter de le faire. Et tout ça, souvent, sans en être vraiment conscient. Ce n'est pas qu'une question d'habitudes ou de caractère. Dans une même fratrie, deux enfants peuvent avoir des rapports totalement opposés à l'argent. L'aîné a peut-être des souvenirs précis d'une période financièrement difficile que le plus jeune n'a pas traversée de la même façon. Les parents investissent émotionnellement chaque enfant de manière différente. Le rapport à l'argent est donc quelque chose de profondément personnel, construit sur une histoire singulière — pas sur une logique universelle. Ce qui change avec l'expatriation, c'est que tout ce qui existait déjà va être bousculé, amplifié, parfois mis à nu. Quand tu arrives dans un nouveau pays, tu peux très vite te sentir dépassé : la langue, le réseau social à reconstruire, les démarches administratives, les codes culturels à décoder. Dans ce contexte de déstabilisation, l'argent devient souvent le seul levier sur lequel tu as encore prise. Il ne représente plus seulement une sécurité financière — il représente une sécurité émotionnelle. Et c'est précisément pour ça que les difficultés financières en expatriation font si mal : elles ne touchent pas qu'au budget, elles touchent à ce sentiment de contrôle sur sa propre vie. À l'inverse, des soucis financiers en expatriation peuvent renforcer le sentiment d'isolement, compliquer l'intégration, et faire basculer toute l'expérience dans quelque chose de vécu négativement. Parce que l'argent est aussi, dans une nouvelle société, un outil d'appartenance et de reconnaissance sociale.


Zorica Spasevska est psychologue clinicienne d'approche psychanalytique, spécialisée dans l'accompagnement des expatriés, fondatrice de L'Espace — cabinet de psychologie internationale. Expatriée depuis 13 ans, elle connaît de l'intérieur ce que ces dynamiques produisent — chez ses patients, et dans sa propre trajectoire. Dans cet épisode, elle donne des clés concrètes pour comprendre d'où vient ton rapport à l'argent en expatriation, comment reconnaître les signaux qui méritent attention, et comment reprendre progressivement le contrôle — quelle que soit ta situation de départ.

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Ce que tu vas comprendre dans cet épisode

- Ton rapport à l'argent n'est pas rationnel — il est construit depuis l'enfance, façonné par ta famille, ta culture et parfois ta religion, et il dit beaucoup sur qui tu es vraiment.

- Les femmes et les hommes n'ont pas le même rapport à l'argent, et ce n'est pas une question de caractère : c'est le résultat d'une histoire de dépendance qui remonte à moins de 60 ans en France.

- Perdre ses revenus en expatriation, ce n'est pas seulement un problème financier — c'est une perte d'identité, d'estime de soi et de place dans la relation. - Suivre son conjoint à l'étranger peut plonger dans une dépendance financière qui ressemble, dans les cas les plus graves, à une forme de violence — et il existe des signaux concrets pour le reconnaître.

- L'expatriation traverse des phases prévisibles, et certaines d'entre elles méritent un accompagnement psychologique — pas forcément une thérapie longue, parfois juste un soutien ponctuel au bon moment.

- Reprendre le contrôle de son argent en expatriation, c'est possible — et pour beaucoup de femmes, c'est même devenu un vrai levier de réinvention personnelle et professionnelle.



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Pourquoi l'argent génère autant de malaise — même entre proches ?

L'argent n'est plus simplement un moyen d'échange. Aujourd'hui, l'argent est chargé d'une valeur symbolique qui dépasse largement sa fonction économique : il renvoie à notre rapport à la réussite, à notre estime de soi, à notre peur de l'échec et du jugement des autres. C'est pour ça qu'en parler est inconfortable — parce qu'on ne parle jamais seulement d'argent, on parle aussi de ce qu'on vaut. Cette dimension est renforcée par l'éducation qu'on a reçue. Un enfant qui a grandi dans un foyer avec des difficultés financières va probablement associer l'argent à une source de conflit, de tension ou de mal-être. À l'âge adulte, cette association inconsciente continue d'influencer sa façon de gérer, d'épargner, ou au contraire de dépenser. Elle influence aussi sa capacité à en parler — ou son incapacité à le faire. Zorica Spasevska ajoute une autre couche à cette complexité : dans une même fratrie, deux enfants peuvent avoir des rapports totalement opposés à l'argent. L'aîné peut avoir des souvenirs précis d'une période financièrement difficile que le plus jeune n'a pas vécue de la même façon. Les parents n'investissent pas chaque enfant de manière identique. L'histoire personnelle est donc aussi une histoire de perceptions différentes au sein d'un même contexte familial. Ce n'est pas une question de caractère — c'est une question de trajectoire individuelle.


Pourquoi les femmes n'ont pas le même rapport à l'argent que les hommes ?

Il y a un chiffre dans cet épisode qui mérite qu'on s'y arrête : jusqu'en 1965, les femmes mariées ne pouvaient pas ouvrir un compte en banque ni travailler sans l'autorisation de leur mari en France. C'était il y a 60 ans. Et selon Zorica Spasevska, cette histoire a durablement façonné la façon dont les femmes perçoivent l'argent aujourd'hui — souvent comme un moyen de consommer, rarement comme un levier de pouvoir. Les conséquences sont mesurables. Des études montrent que les femmes épargnent davantage que les hommes, mais investissent beaucoup moins. Pas par désintérêt, mais par manque de confiance en soi — un manque qui n'est pas individuel mais culturel et historique. Là où un homme peut associer l'argent à la puissance, à la reconnaissance et au statut social, une femme va plus souvent l'associer à la sécurité et à l'indépendance. Ce ne sont pas les mêmes dynamiques psychologiques, et elles ne mènent pas aux mêmes comportements financiers. Ce que rappelle Zorica Spasevska, c'est que cette réalité se retrouve de manière encore plus concentrée en expatriation. Plus de 70 % des femmes qui suivent leur conjoint à l'étranger ont un bac +4 ou bac +5, selon les chiffres qu'elle cite. Elles ont souvent eu une carrière, un revenu, une indépendance. Et elles se retrouvent du jour au lendemain dans une dépendance financière totale — non pas parce qu'elles y ont été contraintes, mais parce qu'elles ont fait un choix qui, sur le moment, semblait logique pour la famille. Le problème, c'est qu'on ne mesure pas toujours ce que ce choix va coûter émotionnellement.


Que se passe-t-il quand on perd ses revenus en expatriation ?


Quand on passe d'un revenu confortable à zéro — que ce soit parce qu'on a suivi son conjoint, qu'on a perdu son emploi, ou qu'on n'a pas encore trouvé comment se réinsérer professionnellement dans le pays d'accueil — la blessure n'est pas uniquement financière. Zorica Spasevska est très claire là-dessus : on entre dans une perte d'autonomie qui touche profondément l'estime de soi et la confiance en soi. On passe de l'indépendance à la dépendance, et ça change la façon dont on se perçoit soi-même et dont on pense être perçu par les autres. Cette perte peut s'accompagner de honte — la honte du manque, de ne plus pouvoir contribuer, de devoir demander. Elle peut aussi s'accompagner de culpabilité — une culpabilité parfois inconsciente, difficile à nommer, qui surgit quand on se compare à son entourage ou qu'on pense à tout ce qu'on a mis de côté. Et elle s'accompagne souvent de peur : la peur de ne jamais retrouver cette sécurité, la peur de ce qui arriverait en cas de séparation, la peur de l'avenir. Dans un contexte d'expatriation, l'argent joue un rôle de régulateur émotionnel. Quand tout le reste est instable (la langue, le réseau social, les repères culturels, les démarches administratives), avoir une situation financière stable devient parfois la seule chose sur laquelle on a prise. Et inversement, quand cette stabilité disparaît, l'ensemble de l'expérience peut basculer dans un sentiment d'isolement et d'anxiété difficile à gérer seul.



Dépendance financière ou emprise : où est la limite dans le couple expatrié ?

C'est l'une des parties les plus importantes de cet épisode, et celle qu'on aborde le moins souvent. Zorica Spasevska distingue clairement deux situations : la dépendance financière — qui peut être un choix conscient dans le couple — et l'emprise financière, qui est une forme de violence. La différence est importante, mais la frontière peut être floue et se déplacer progressivement. Les signaux d'alerte qu'elle décrit sont concrets : ne pas avoir de compte en banque à son nom, ne pas avoir de carte bancaire personnelle, devoir demander de l'argent pour les moindres achats du quotidien — y compris pour les enfants. Ce ne sont pas automatiquement des signes de violence, précise-t-elle. Mais ce sont des signaux qui méritent attention. Quand s'y ajoute un sentiment permanent de mal-être difficile à verbaliser, une communication fermée dans le couple, ou une sensation physique que quelque chose ne va pas, il faut prendre ces ressentis au sérieux. En France, la loi reconnaît aujourd'hui la violence financière comme une forme de violence conjugale à part entière — au même titre que la violence physique, psychologique ou administrative. Zorica Spasevska mentionne des patientes qui se sentaient piégées : des années passées à l'étranger, un réseau professionnel perdu, aucune sécurité financière personnelle, des enfants. Dans ces situations, l'expatriation peut devenir un facteur aggravant, parce qu'elle renforce l'isolement et l'éloignement des ressources habituelles.


Comment reprendre le contrôle de son argent en expatriation ?

Ce serait réducteur de terminer sur les difficultés sans parler de ce que Zorica Spasevska observe aussi dans son cabinet : beaucoup de femmes expatriées qui ont réussi à transformer cette période de dépendance en véritable réinvention. L'expatriation oblige parfois à quitter une carrière, mais elle libère aussi d'un certain nombre de contraintes sociales et professionnelles qui bridaient des ambitions restées en suspens. Pour celles qui ne peuvent pas exercer leur métier dans le pays d'accueil — pour des raisons de visa, de reconnaissance de diplôme, ou de langue — Zorica Spasevska encourage à ne pas rester dans la passivité. Elle nomme ce glissement clairement : subir une situation, c'est laisser la frustration s'installer. Passer à l'action, même à petite échelle, c'est déjà reprendre quelque chose. Un projet personnel, une reconversion, un travail en ligne : ce n'est pas une question de revenus immédiats, c'est une question de retrouver un sentiment de compétence et d'autonomie. Son conseil le plus concret avant le départ en expatriation : parler d'argent dans le couple, au même titre qu'on parle de logement, d'école ou de visas. Pas de façon dramatique, mais de façon préparée. Comment va-t-on gérer les finances ? Est-ce que chacun aura accès à un compte personnel ? Comment va-t-on aborder la question du budget au quotidien ? Ces conversations évitent des situations qui, faute d'avoir été anticipées, deviennent des conflits ou des souffrances. Et si le conjoint est réticent à aborder ces sujets, chercher un accompagnement extérieur — psychologue, coach, conseiller — n'est pas un aveu de faiblesse. C'est une décision intelligente.



Citation de l'épisode

L'argent peut devenir un outil de libération personnelle, quelque chose qui nous permettra d'avoir le contrôle de sa vie, de se sentir autonome, de se sentir puissante, de se sentir capable, de se sentir confiante et de ne pas être limitée par des attentes sociales ou familiales ou autres.— Zorica Spasevska


À propos de l'invité


Zorica Spasevska est psychologue clinicienne d'approche psychanalytique, spécialisée dans l'accompagnement des expatriés et des personnes en mobilité internationale. Expatriée depuis 13 ans, elle a fondé L'Espace — cabinet de psychologie international


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