Trouver un travail à l’étranger : par où commencer ?
- 14 août 2025
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 8 juin

À Paris, certains profils reçoivent deux ou trois offres d'emploi par semaine sans rien demander. Le même profil postule depuis l'étranger — et n'obtient aucune réponse. Pas parce que les compétences ont changé. Parce que les règles du jeu, elles, sont complètement différentes. Trouver un emploi à l'étranger, ça ne ressemble à rien de ce qu'on a vécu en France. Et pourtant, beaucoup de Français qui partent s'installent à l'étranger avec l'intime conviction que leur expérience parlera d'elle-même. Qu'on les attendait. Qu'un profil solide suffit. Le choc arrive vite : le marché local ne vous connaît pas, ne vous attend pas, et dans la grande majorité des cas, préférera un candidat local à profil équivalent. Pour les conjoints accompagnateurs — très souvent des femmes — la situation est encore plus complexe. Le départ a été décidé pour l'un des deux. L'autre suit. Et se retrouve, du jour au lendemain, sans réseau, sans repères, parfois sans maîtrise de la langue locale, face à un marché du travail dont il ne connaît ni les codes ni les attentes. Les packages d'expatriation généreux, ceux qui couvraient tout, appartiennent largement au passé. Aujourd'hui, dans beaucoup de foyers expatriés, les deux salaires sont indispensables — d'autant que les frais de scolarité internationale peuvent représenter plusieurs milliers d'euros par an et par enfant. Ce que beaucoup sous-estiment aussi, c'est le coût d'une pause professionnelle. Deux ans sans activité, c'est deux ans à expliquer à un recruteur. Et entre 2021 et aujourd'hui, une révolution s'appelle l'IA a redessiné des métiers entiers. Revenir sur le marché après une longue interruption, c'est souvent repartir de beaucoup plus bas qu'on ne l'imaginait.
Barbara Driss a passé plus de vingt ans dans le recrutement avant de s'installer à Barcelone et de créer Trouve Ton Job d'Expat, un accompagnement dédié aux francophones qui cherchent à s'insérer professionnellement à l'international. Dans cet épisode, elle partage sa méthode complète : comprendre le marché avant de postuler, identifier ses vraies forces, utiliser LinkedIn comme un outil stratégique, préparer ses entretiens dans une autre culture, et négocier sans brûler ses chances. Un épisode concret, sans fausse promesse, qui s'adresse autant aux conjoints accompagnateurs qu'aux actifs qui veulent changer de pays par choix.
🎧 Écouter la version audio
📺 Regarder la version vidéo
Ce que tu vas comprendre dans cet épisode
- Ne pas avoir travaillé pendant deux ou trois ans peut détruire une trajectoire professionnelle au retour — et beaucoup de conjoints accompagnateurs le découvrent trop tard
- Trouver un emploi à l'étranger n'est pas plus facile qu'en France en ce moment — mais il existe une stratégie qui fonctionne, à condition de la mettre en place dans le bon ordre
- Être un étranger sur un marché local est un désavantage structurel — sauf si on sait précisément quelle expertise rare on apporte et à qui - LinkedIn n'est pas un réseau social ni un simple job board : c'est un annuaire de 30 millions de collaborateurs, et la façon dont on s'y positionne change tout
- La négociation salariale suit des codes culturels très différents selon les pays — et mal la gérer peut fermer des portes définitivement - Le PVT (Programme Vacances-Travail) est une opportunité concrète jusqu'à 35 ans que de nombreux Français n'exploitent pas, même quand leur pays de rêve est inaccessible directement
La newsletter Nomadiq
Pour ne pas rater les prochains épisodes et recevoir des analyses détaillées pour atteindre tes objectifs
Pourquoi le marché du travail local ne vous attend pas
La première erreur, c'est de croire que son CV va parler pour soi. Barbara est directe là-dessus : elle ne dit pas que c'est facile, parce que ce serait un mensonge. Quand on cherche un emploi à l'étranger, on arrive sur un marché qui a ses propres dynamiques, ses propres tensions, et ses propres préférences. À profil équivalent, un recruteur local choisira presque systématiquement un candidat local — parce que c'est plus simple, moins risqué, et souvent moins coûteux. À cela s'ajoute le contexte économique actuel. Les marchés de l'emploi en Espagne, au Canada, dans plusieurs pays d'Asie, traversent une période difficile. Les offres sont moins nombreuses. Les entreprises ont revu leurs grilles salariales à la baisse. En Espagne, Barbara le dit sans détour : sur certains postes, les salaires sont 30 à 40 000 euros inférieurs aux équivalents français, dans des villes où le coût de la vie — et notamment l'immobilier à Barcelone ou Madrid — est comparable à celui de Lyon ou Bordeaux. La promesse du grand saut peut vite devenir un calcul très douloureux si on n'a pas posé les chiffres avant de partir. Ce qui change tout, c'est d'aller chercher cette information en amont. Les grands cabinets de recrutement comme Michael Page ou Hays publient chaque année des études salariales fiables, fondées sur leurs propres placements. Indeed donne des fourchettes issues des annonces publiées. LinkedIn permet de filtrer les profils similaires au sien dans un pays cible, et d'observer combien sont en recherche active — le fameux badge vert "Open to Work" visible sur des dizaines de profils dans un secteur, c'est déjà un signal sur l'état du marché.
Quelle est votre vraie valeur ajoutée sur ce marché ?
C'est la question centrale. Pas "quelles sont mes compétences", mais "pourquoi est-ce qu'on m'embaucherait moi plutôt qu'un local ?" Barbara le dit clairement : si on veut un profil généraliste, 95 % du temps on prendra quelqu'un du pays. Un étranger se fait recruter pour une expertise. Pas pour sa polyvalence. Ce travail de clarification est souvent douloureux. Beaucoup de professionnels ont du mal à identifier leurs vraies forces, ce qui fait qu'on les choisit eux plutôt qu'un autre. Ils formulent leur profil de façon trop large, pensant que ça ouvre plus de portes. C'est l'inverse. Sur LinkedIn — qui fonctionne principalement par mots-clés, comme un système de parsing — si les bons termes techniques n'apparaissent pas dans le profil, le recruteur ne tombera tout simplement jamais dessus. Il faut donc partir de ses compétences les plus spécifiques, identifier celles qui sont recherchées dans le pays cible, et vérifier s'il existe un décalage à exploiter. Barbara donne un exemple concret avec un développeur web : si la technologie qu'il maîtrise n'est pas encore répandue dans le pays visé, être "au step 9" là où le marché local en est "au step 3" devient un avantage décisif — à condition de le formuler clairement, avec le contexte des projets réalisés, les volumes traités, les résultats obtenus. Un recruteur ne peut pas deviner le niveau d'une expérience dans une entreprise qu'il ne connaît pas. Plus on lui donne de contexte, plus il peut se projeter.
Comment construire un réseau dans un pays qu'on ne connaît pas encore
Entre 20 et 40 % des postes sont pourvus par annonce. Le reste passe par le réseau. Ce chiffre, Barbara le confirme — et elle le voit dans ses sondages auprès des expatriés qu'elle accompagne. Pourtant, beaucoup de chercheurs d'emploi à l'international font l'impasse sur cette partie, soit parce qu'ils ne savent pas par où commencer, soit parce qu'ils pensent que LinkedIn suffit comme job board. La stratégie qu'elle recommande est plus fine. Contacter directement les RH d'une entreprise, c'est souvent inefficace : sans besoin identifié, la réponse sera un refus poli ou un silence. Il vaut mieux aller vers des futurs collègues potentiels, ou mieux encore, vers un futur manager — quelqu'un qui connaît ses besoins opérationnels avant même que le poste soit officiellement ouvert. Ces personnes peuvent faire une cooptation, partager des informations sur le marché réel de l'entreprise, ou simplement vous garder en tête le moment venu. La clé du premier contact, c'est de trouver un point commun : une ancienne entreprise, une école, un secteur d'activité. Et dans le message, parler résolution de problèmes, pas présentation personnelle. Montrer qu'on comprend les enjeux de l'interlocuteur, et que ses compétences peuvent être une réponse à ces enjeux. Barbara insiste : il ne faut pas brûler ses cartes. Dans certaines villes, il y a peut-être cinq recruteurs internationaux francophones. Approcher un recruteur sans préparation, c'est potentiellement se fermer une porte pour toujours.
Entretiens, négociation : les codes varient, les erreurs restent les mêmes
Décrocher un entretien ne suffit pas. Se présenter sans avoir préparé l'entreprise en profondeur — ses enjeux, sa trajectoire, ses difficultés — c'est l'erreur classique. Barbara a vu des candidats incapables de donner le nom de l'entreprise qui les recevait. À l'international, cette erreur est encore plus coûteuse : le recruteur sait qu'il prend un risque en choisissant un étranger. Si ce candidat n'a pas fait le travail de base, la question de sa motivation disparaît d'elle-même. Sur la préparation linguistique, la règle est simple : 20 minutes par jour dans la langue cible valent mieux qu'une heure en fin de semaine. L'application Tandem, gratuite, permet de pratiquer avec des locaux du pays visé — et donc de travailler l'accent et les expressions en même temps. Pour la négociation salariale, les codes culturels comptent. En grossissant le trait : au Moyen-Orient, négocier sera perçu comme normal, voire attendu. En Asie, la même démarche peut être mal vécue. Mais dans tous les cas, la règle reste la même : on ne négocie pas sur des perceptions, on négocie sur des preuves. Objectifs fixés, résultats obtenus, valeur apportée au-delà des attentes. Sans documentation, c'est votre perception contre celle de l'entreprise — et ce n'est pas un terrain solide. Barbara conseille aussi de jouer sur le timing : accepter un poste légèrement en dessous de son niveau, à condition que l'entreprise s'engage formellement sur une évolution dès que les preuves sont là.
Citation de l’épisode
Ce n’est pas facile… Je n’ai pas de baguette magique. C’est juste qu’il y a une stratégie à mettre en place et des actions à faire les unes derrière les autres pour réussir à ce que ça se mette en place… – Barbara Driss
À propos de Barbara Driss
Avec plus de 20 ans d’expérience dans le recrutement et la formation, Barbara Driss accompagne aujourd’hui les francophones à construire et développer leur carrière à l’international, en s’adaptant aux réalités des marchés locaux.
Pour contacter Barbara : https://trouvetonjobdexpat.com
🛑 Disclaimer : Les informations de cet épisode sont fournies à titre informatif et éducatif. Elles ne constituent pas un conseil en orientation ou en recrutement personnalisé. Chaque situation étant unique, il est recommandé de consulter un professionnel adapté à votre profil avant toute décision.


