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Partir à l'étranger sans négliger son patrimoine : ce qu'il faut anticiper avant de quitter la France

  • 3 nov. 2025
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours

préparer ton départ à l’étranger

La plupart des Français qui partent à l'étranger pensent avoir tout prévu. Le déménagement, les écoles des enfants, la couverture santé. Ce qu'ils n'ont pas prévu, c'est ce qu'ils laissent derrière eux.

Partir à l'étranger sans préparer son patrimoine, c'est découvrir trop tard que son régime matrimonial a changé sans qu'on le sache, que son PEA génère une fiscalité dans le pays d'accueil, que la rentabilité de son bien locatif s'effondre une fois les frais de gestion à distance déduits — ou que dix ans de carrière à l'étranger ont creusé un trou irréparable dans sa retraite.

Philippe Teich, conseiller en gestion de patrimoine international, accompagne les Français avant, pendant et après leur expatriation. Dans cet épisode de Nomadiq, il décrypte les cinq grandes erreurs patrimoniales du départ — et ce qu'on peut faire pour les éviter.


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Ce que tu vas comprendre dans cet épisode

  • Comment ton régime matrimonial peut changer automatiquement après dix ans à l'étranger — et comment l'éviter

  • Quels produits financiers tu peux conserver et lesquels doivent être clôturés au départ

  • Les pièges fiscaux les plus fréquents lors du départ — et comment faire ses déclarations correctement

  • Comment calculer la vraie rentabilité de ton immobilier depuis l'étranger

  • Pourquoi la retraite française est souvent une illusion pour les expatriés — et quelles alternatives existent

Partir à l'étranger sans préparer son patrimoine : la première erreur

Ce que Philippe observe systématiquement chez les clients qui viennent le voir après leur départ, c'est la même chose : ils ont bien préparé la logistique — les écoles, le logement, la santé. Mais ils n'ont pas fait le point sur ce qu'ils laissaient en France. Des biens immobiliers. Des produits financiers. Des revenus de source française qui continueront à être imposés en France quoi qu'il arrive.

Ce n'est pas de la négligence — c'est de la méconnaissance. On ne sait pas ce qu'on ne sait pas. Et c'est précisément pour ça que ces sujets méritent d'être traités avant le départ, pas après.

Le régime matrimonial : l'oublié du départ

C'est peut-être le sujet le plus surprenant de cet épisode — et l'un des plus lourds de conséquences.

En France, la majorité des mariages se font sans contrat. Juridiquement, cela signifie qu'on est marié sous le régime de la communauté réduite aux acquêts : tout ce qui est acheté après le mariage appartient aux deux époux, tout ce qui existait avant reste un bien propre. C'est simple, connu, accepté.

Ce que très peu de gens savent, c'est que si un couple vit plus de dix ans à l'étranger sans contrat de mariage, il adopte automatiquement le régime matrimonial du pays dans lequel il réside. Ce changement est automatique, silencieux — et non rétroactif. Ce qui a été acquis avant le changement reste sous le régime français. Ce qui est acquis après relève du droit local.

Philippe a accompagné un couple qui avait passé l'essentiel de leur vie professionnelle en Allemagne. Au moment d'organiser leur succession, on a découvert qu'ils relevaient depuis plusieurs années du régime légal allemand — la participation aux acquêts — et non du régime français. Toute la stratégie de transmission a dû être repensée.

La solution est simple : rédiger un contrat de mariage avant le départ. Chez un notaire en France, on peut choisir de fixer contractuellement son régime matrimonial — et le conserver quel que soit le pays dans lequel on s'installe par la suite. Ce n'est pas une démarche complexe. Mais c'est une démarche que personne ne fait parce que personne n'en parle.

Produits financiers : ce qu'on peut garder — et ce qu'on ne peut pas

C'est un sujet qui touche presque tout le monde — et qui réserve des surprises à ceux qui n'y ont pas réfléchi avant de partir.

Certains produits doivent être clôturés dès lors qu'on n'est plus résident fiscal français. C'est le cas du livret jeune et des livrets d'épargne populaire — réservés aux résidents fiscaux français. Si vous avez des enfants avec des livrets de ce type, il faut les signaler à la banque dès le départ.

D'autres peuvent être conservés — mais avec des implications fiscales importantes dans le pays d'accueil. Le PEA en est l'exemple le plus parlant. En France, c'est une enveloppe fiscale fermée : tant qu'on ne sort pas, on n'est pas imposé. Mais dans beaucoup de pays d'accueil, cette notion d'enveloppe fermée n'existe pas. Le pays de résidence peut décider d'imposer les plus-values annuelles du PEA comme des revenus ordinaires — chaque année, même sans retrait.

L'assurance-vie pose un problème similaire, avec une subtilité supplémentaire : les prélèvements sociaux sur le fonds euro sont prélevés chaque année par l'assureur, automatiquement. Or, en tant que non-résident, vous êtes normalement exonéré de ces prélèvements sociaux — à hauteur de 17,2 %. Si l'assureur n'est pas informé de votre départ, il continue à les prélever. L'argent part. Et le récupérer après coup est compliqué.

Le PER pose quant à lui un problème spécifique à la sortie : si vous continuez à verser des sommes sur votre PER depuis l'étranger sans informer l'assureur, ces versements peuvent être classés dans le compartiment déductible — et se retrouver imposés sur le capital entier à la sortie, y compris pour la part qui n'a jamais été déduite fiscalement.

Le message de Philippe est simple : informez tous vos interlocuteurs financiers de votre départ. Banque, assureur, gestionnaire. Pas seulement pour des raisons administratives — mais parce que votre départ change les règles fiscales qui s'appliquent à chacun de vos produits.

Fiscalité : la double déclaration que personne n'anticipe

L'erreur la plus fréquente que Philippe observe : des expatriés qui continuent à se déclarer comme résidents fiscaux français, par habitude, par ignorance — ou parce qu'ils n'ont tout simplement pas pensé à prévenir l'administration fiscale de leur départ.

Les conséquences sont concrètes. Un résident fiscal français est imposé selon un barème progressif qui va de 0 à 45 %. Un non-résident, lui, est imposé à un taux minimum de 20 % sur ses revenus de source française — ou à 30 % au-delà d'un certain seuil. Selon la situation, ne pas signaler son départ peut coûter très cher.

L'année du départ, il faut faire deux déclarations distinctes : une en tant que résident fiscal français, pour la période allant du 1er janvier à la date de départ, et une en tant que non-résident, pour la période allant de la date de départ au 31 décembre. Cette double déclaration peut parfois réserver une bonne surprise — le barème progressif appliqué à une demi-année de revenus peut générer un remboursement.

Il y a aussi l'exit tax, moins connue mais potentiellement très coûteuse. Elle concerne les personnes qui détiennent plus de 800 000 euros de titres, ou qui sont associés majoritaires d'une société, et qui décident de quitter la France. L'administration fiscale peut demander le paiement d'une imposition sur les plus-values latentes — c'est-à-dire sur les gains générés depuis l'acquisition des titres, même si ces gains n'ont pas encore été encaissés. Un sursis automatique existe pour les départs vers des pays de l'Union européenne ou ceux ayant signé une convention administrative avec la France. Pour les autres, il faut en faire la demande dans les 90 jours suivant le départ.

Immobilier : la rentabilité réelle depuis l'étranger

Les Français aiment l'immobilier. Beaucoup d'expatriés conservent leur bien en France en partant — soit parce qu'ils comptent y revenir, soit parce que la rentabilité leur semble bonne. Et souvent, elle l'est — tant qu'on reste en France et qu'on gère soi-même.

Une fois parti, les charges augmentent. Il faut payer un gestionnaire locatif. Une assurance loyers impayés. Des artisans pour les travaux qu'on faisait soi-même. Et la fiscalité change : en tant que non-résident, les revenus locatifs sont imposés différemment, avec des prélèvements sociaux spécifiques selon le pays de résidence.

Philippe conseille systématiquement à ses clients de refaire le calcul de rentabilité avant le départ — en intégrant toutes ces charges nouvelles. Une opération qui paraissait évidente peut se révéler bien moins intéressante une fois qu'on y intègre la réalité de la gestion à distance.

Autre point à anticiper : si vous vendez votre résidence principale après être parti, le bien risque d'être requalifié en résidence secondaire — et la plus-value devient imposable. La règle générale dans la plupart des pays est que la plus-value sur la résidence principale est exonérée. Mais cette exonération s'applique tant que c'est votre résidence principale. Dès que vous avez quitté le bien et que vous vous êtes installé ailleurs, le compteur tourne. Vendre avant de partir — ou au plus vite après — permet d'éviter cette requalification.

Retraite : le trou silencieux des années à l'étranger

C'est le sujet dont personne ne parle au moment du départ — et celui dont les conséquences se font sentir le plus tard.

La retraite française repose sur deux piliers : un régime de base calculé en trimestres, et un régime complémentaire calculé en points. Chaque année passée à l'étranger sans cotisation au système français creuse un écart dans ces deux piliers.

Pour le régime de base, des conventions bilatérales permettent dans certains cas de récupérer des trimestres cotisés à l'étranger. C'est le cas pour les pays de l'Union européenne, l'Espace économique européen, la Suisse — et une quarantaine d'autres pays. Si vous avez travaillé dix ans en Allemagne, ces trimestres peuvent être intégrés dans le calcul de votre retraite française.

Pour le régime complémentaire, c'est plus compliqué. Les points non cotisés pendant les années à l'étranger ne sont pas récupérables. Et c'est sur cette partie que le manque à gagner peut être significatif, puisqu'elle représente selon les situations entre 40 et 60 % du montant total de la pension.

Pour les conjoints accompagnateurs qui cessent toute activité professionnelle, le trou est encore plus net. Aucune cotisation, aucun trimestre, aucun point.

Les solutions existent : cotiser volontairement à la Caisse des Français à l'étranger pour le régime de base, ou à Malakoff Humanis pour les points complémentaires. Ou construire son propre capital retraite via l'immobilier et le financier — en se détachant de l'idée de dépendre d'une pension d'État.


Citation de l’épisode

Si vous partez à l’étranger et que vous conservez des biens en France, des biens financiers, des biens immobiliers, potentiellement, déjà il y aura une notion de fiscalité. Parce que ces biens génèrent du revenu, il va falloir les déclarer en France

À propos de Philippe Teich

Philippe, fondateur du cabinet Constantiam, est conseiller en gestion de patrimoine spécialisé dans l’accompagnement des Français de l’étranger.

Juriste de formation, il aide ses clients à structurer leur patrimoine, anticiper les conséquences fiscales de l’expatriation et sécuriser leur retraite.

Pour contacter Philippe : Philippe Teich | LinkedIn


🛑 Disclaimer : Les informations de cet épisode sont fournies à titre informatif et éducatif Elles ne constituent pas un conseil fiscal, juridique ou financier personnalisé. Chaque situation étant unique, il est recommandé de consulter un professionnel qualifié avant toute décision.


 
 
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