Obtenir un prêt immobilier en France quand on est expatrié
- 25 nov. 2025
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 6 jours

Beaucoup de Français expatriés pensent que demander un prêt immobilier en France sera aussi simple que lorsqu'ils y vivaient encore. Ils ont un compte bancaire historique, parfois de l'épargne, et un projet clair. Puis ils découvrent en cours de route que pour un non-résident, les règles du jeu changent complètement — et que les banques ne le disent pas toujours clairement dès le premier appel.
Le pays dans lequel tu vis peut suffire à bloquer un dossier. Le type de contrat de travail change le mode de calcul de ta capacité d'emprunt. Les indemnités d'expatriation ne comptent pas comme du salaire. Et dans certains pays, transférer ton apport en France peut prendre des mois.
Jeevanthy Nivert, spécialiste du financement des non-résidents, décrypte dans cet épisode les vraies contraintes d'un financement à distance — et comment les anticiper pour ne pas voir son projet immobilier capoter au dernier moment.
🎧 ÉCOUTER LA VERSION AUDIO
🎥 REGARDER LA VERSION VIDÉO
Ce que tu vas comprendre dans cet épisode
Pourquoi le pays dans lequel tu vis peut bloquer ton dossier avant même qu'il soit étudié.
Comment les banques calculent réellement ta capacité d'emprunt quand tu es expatrié.
Pourquoi tes indemnités d'expatriation ne comptent pas comme du salaire.
Comment anticiper les contraintes de transfert d'argent selon ton pays de résidence.
Pourquoi l'assurance emprunteur peut bloquer ton dossier au dernier moment.
Pourquoi il faut compter trois à quatre mois minimum pour obtenir un prêt depuis l'étranger.
La newsletter Nomadiq
Chaque semaine, des contenus pensés pour les Français qui vivent, travaillent ou investissent à l'étranger. Pas de jargon, pas de langue de bois — juste ce qui compte vraiment pour ta situation.
Pourquoi ton pays de résidence est-il le premier critère des banques ?
Parce que la première chose qu'une banque française regarde quand tu es expatrié, ce n'est ni ton épargne ni ton historique bancaire : c'est l'endroit où tu vis.
Chaque banque dispose d'une liste interne de pays qu'elle accepte de financer — et d'une autre qu'elle refuse. Ces listes ne sont pas publiques, elles changent régulièrement, et elles varient d'un établissement à l'autre. Un pays refusé par ta banque historique peut très bien être accepté par une autre. Mais certains pays sont quasi universellement considérés comme problématiques : pays en guerre, sous embargo, avec des contrôles stricts sur les transferts de capitaux, ou avec lesquels les échanges bancaires sont difficiles.
Cela ne veut pas dire qu'il est impossible d'emprunter depuis ces pays. Jeevanthy a réussi à financer des clients au Pakistan en contactant toutes les banques une par une, jusqu'à trouver les deux qui acceptaient. Mais cela veut dire qu'il faut le savoir en amont — et ne pas perdre de temps à négocier avec un établissement qui ne peut structurellement pas aller plus loin.
La bonne approche : annoncer d'emblée ta situation. Pays de résidence, durée, type de contrat. Un banquier qui ne peut pas traiter ton dossier te le dira immédiatement. Autant le savoir tout de suite plutôt que de découvrir le problème trois mois plus tard, quand un compromis est déjà signé.
Quels sont les revenus qui comptent dans ta capacité d'emprunt ?
Pas tous ceux qui tombent sur ton compte — et c'est là que beaucoup d'expatriés font une erreur coûteuse, et compréhensible.
Tu reçois 10 000 euros par mois. Tu penses naturellement que c'est ton salaire. Mais pour une banque française, ce n'est pas forcément le cas. Dans un contrat d'expatriation, cette somme est souvent composée d'un salaire de base — disons 5 000 euros — et d'indemnités diverses : logement, scolarité des enfants, transport, difficulté de vie, prime d'expatriation. Ces indemnités sont réelles, elles tombent sur ton compte, tu en fais ce que tu veux. Mais elles ne comptent pas dans le calcul du taux d'endettement.
Pourquoi ? Parce qu'elles sont liées à ta situation dans ce pays précis. Si tu changes de pays demain, elles changent ou disparaissent. La banque ne peut pas les intégrer dans un calcul de capacité d'emprunt sur vingt ans. Résultat : un expatrié qui pense pouvoir emprunter sur la base de 10 000 euros par mois peut se retrouver avec une capacité calculée sur 5 000 euros. Le projet immobilier qu'il envisageait n'est plus le même.
Pour les chefs d'entreprise, la logique est similaire. La banque se base sur le salaire que tu te verses réellement — pas sur le chiffre d'affaires de ta société. Un entrepreneur qui optimise sa fiscalité en se versant 50 000 euros par an sera évalué sur cette base, même si sa société génère 200 000 euros de revenus.
Comment transférer ton apport en France depuis l'étranger ?
En l'anticipant — parfois des mois, voire des années à l'avance. C'est une contrainte que beaucoup d'expatriés découvrent trop tard dans le processus.
Dans de nombreux pays — Maroc, Algérie, Inde, Chine, et une grande partie de l'Afrique subsaharienne — les transferts d'argent vers l'étranger sont limités par la réglementation locale. Si ton apport est de 150 000 euros et que ton pays de résidence ne t'autorise à transférer que 40 000 euros par an, tu es bloqué. Ce n'est pas un problème sans solution — mais c'est un problème qui se prépare : certains clients de Jeevanthy travaillent avec elle un an ou deux avant leur projet d'achat, uniquement pour organiser le transfert progressif de leur apport.
Il y a aussi la question du remboursement mensuel. Une fois le prêt obtenu, les mensualités sont prélevées sur un compte français. Si tu changes de pays entre-temps, il faut penser à remettre en place les virements depuis ton nouveau pays de résidence — un détail qui paraît simple, que beaucoup oublient, avec des conséquences directes sur la relation bancaire.
La recommandation de Jeevanthy : maintenir en permanence une réserve d'au moins 20 000 euros sur le compte qui rembourse le crédit. Pas pour l'immobiliser — pour que la banque ait confiance, et pour absorber les prélèvements imprévus comme la taxe foncière ou les charges de copropriété.
Pourquoi l'assurance emprunteur bloque-t-elle les dossiers d'expatriés ?
Parce qu'elle est obligatoire, qu'elle arrive en fin de parcours — et qu'on la traite presque toujours comme une formalité.
Certaines banques proposent leur propre police d'assurance pour les non-résidents. D'autres demandent de passer par un assureur externe. Dans les deux cas : questionnaire de santé, critères d'éligibilité qui varient selon l'âge, le montant du prêt et le pays de résidence — et parfois des refus. Jeevanthy a connu des dossiers où il a fallu contacter plusieurs assureurs successivement avant d'en trouver un qui accepte. Et sans certificat d'assurance, pas d'offre de prêt définitive : tout le travail préparatoire peut être réduit à néant par cette étape.
La solution : intégrer l'assurance dans le planning dès le début du processus, au même titre que la recherche de financement — jamais en dernière minute.
Combien de temps faut-il pour obtenir un prêt depuis l'étranger ?
Trois à quatre mois minimum — alors qu'un achat immobilier en France prévoit généralement deux à trois mois entre le compromis et la signature définitive. Pour un expatrié, ce délai standard est souvent insuffisant.
Il faut ajouter le temps d'analyse du dossier, les allers-retours de documents, l'ouverture de compte parfois exigée en agence — certaines banques demandent à voir le client en personne, et pour quelqu'un sur un site pétrolier à l'autre bout du monde, organiser ce déplacement prend du temps —, l'instruction par la banque, et la recherche d'assurance emprunteur.
Le conseil de Jeevanthy : préparer son dossier avant même d'avoir trouvé le bien. Contrat de travail, bulletins de paie, avis d'imposition locaux, relevés de compte — tout réunir en amont. Comme ça, quand l'opportunité se présente, on ne perd pas de temps à constituer le dossier dans l'urgence.
Citation de l’épisode
Ce sont des dossiers complexes qui démarrent déjà avec un handicap au début.
À propos de Jeevanthy Nivert
Jeevanthy Nivert accompagne au quotidien les Français non-résidents dans leurs projets immobiliers en France. Grâce à son expertise des dossiers complexes — contrats internationaux, pays sensibles, entrepreneurs expatriés — elle aide ses clients à structurer leur financement, anticiper les contraintes et sécuriser leur achat à distance.
Pour contacter Jeevanthy : Jeevanthy NIVERT | LinkedIn
🛑 Disclaimer
Les informations partagées dans cet épisode sont fournies à des fins éducatives et ne constituent pas un conseil financier ou juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, il est recommandé de consulter un professionnel qualifié avant toute décision.



