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Assurance-vie, PEA et expatriation : que deviennent tes placements en France ?

2 oct.
6 min de lecture

Elisabeth Zambelis, fondatrice de Nomadiq, spécialiste de la gestion de patrimoine à l'international. Expatriée depuis 2009.



Quand on part vivre à l'étranger, on pense au visa, au logement, à l'école des enfants, à l'assurance santé. Les placements qu'on a en France restent où ils sont. On les a ouverts quand on vivait en France, parfois des années avant. Et souvent, on ne se pose même pas la question de ce qu'ils deviennent.


Pourtant, depuis ton départ, les règles ont changé. Ta banque n'accepte plus forcément tes versements. Tes gains peuvent être imposés dans le pays où tu vis, et tu dois parfois y déclarer tes placements. On s'en rend souvent compte trop tard : au moment d'un versement, d'un retrait, ou lors d'un contrôle.


Outil Nomadiq pour vérifier si tes placements en France sont encore adaptés à ta vie à l'étranger


Que deviennent tes placements en France quand tu pars vivre à l'étranger ?

La plupart de tes placements en France peuvent être gardés quand tu pars. Ils ne sont ni fermés ni bloqués du jour au lendemain. Mais quatre choses changent :

  • Ce que ton établissement accepte encore : certaines banques et certains assureurs refusent les versements selon le pays où tu vis.

  • Qui impose tes gains : en général, c'est le pays où tu vis, et la France peut aussi prélever une partie.

  • Ce que tu dois déclarer : beaucoup de pays demandent de déclarer les comptes et contrats que tu as à l'étranger, donc en France.

  • Les avantages fiscaux français : certains ne s'appliquent plus à toi.

Le tableau ci-dessous résume ce que deviennent les placements les plus courants.


Tableau : ce que deviennent l'assurance-vie, le PEA, le compte-titres, les livrets et le PER quand on vit à l'étranger


Peut-on garder son assurance-vie quand on vit à l'étranger ?

Oui, en général. Partir ne t'oblige pas à fermer ton contrat, et l'argent reste placé. Trois choses changent :

  • Les versements : certains assureurs les refusent selon le pays où tu vis, surtout hors Union européenne.

  • Les retraits, côté France : quand tu retires de l'argent, la France peut prélever un impôt sur tes gains. Les avantages dont profitent les résidents français après huit ans ne s'appliquent pas forcément quand tu vis à l'étranger. Le montant dépend aussi de la convention fiscale entre la France et le pays où tu vis : c'est à vérifier avec un fiscaliste avant un retrait.

  • Les prélèvements sociaux : tu ne les paies pas sur un retrait quand tu n'es plus résident fiscal français. Mais sur le fonds en euros, ils ont pu être prélevés chaque année tant que tu vivais en France.

  • Le pays où tu vis : il ne connaît pas forcément l'assurance-vie française. Il peut la traiter comme un simple placement financier, avec ses propres règles d'impôt et de déclaration.


Par exemple, Marc et Julie viennent de s'installer aux États-Unis. Ils ont gardé en France une assurance-vie ouverte en 2015. Pour l'administration fiscale américaine, c'est un placement financier à l'étranger. Chaque année, ils doivent le déclarer sur le formulaire FBAR, dès que leurs comptes hors des États-Unis dépassent 10 000 dollars au total. Au-delà d'un certain montant, ils le déclarent aussi sur le formulaire 8938. Les fonds en unités de compte de leur contrat peuvent aussi relever des règles américaines sur les fonds étrangers (dites PFIC). Ces règles les imposent beaucoup plus lourdement qu'en France. Ce point se vérifie avec un fiscaliste américain avant tout retrait.


Que devient un PEA quand on part vivre à l'étranger ?

Tu peux garder ton PEA, avec son ancienneté. Depuis 2019, il n'est plus fermé automatiquement quand on part vivre à l'étranger.

  • L'exception : si tu pars vivre dans un pays que la France classe comme non coopératif, ton PEA est fermé. En 2026, cette liste comprend par exemple le Panama, la Russie, le Vanuatu, Antigua-et-Barbuda et, depuis juillet 2026, le Vietnam.

  • L'ouverture : tu ne peux pas ouvrir de nouveau PEA quand tu n'es plus résident fiscal français.

  • Côté France : quand tu retires de l'argent de ton PEA en vivant à l'étranger, ton gain n'est soumis ni à l'impôt sur le revenu ni aux prélèvements sociaux français.

  • Côté pays où tu vis : il peut imposer ce gain selon ses propres règles, sans tenir compte des avantages du PEA.


Par exemple, Claire vit à Milan depuis deux ans. Elle a gardé son PEA ouvert en France. L'Italie impose en général à 26 % les plus-values et les dividendes de ses résidents. Elle doit aussi déclarer ses placements en France dans sa déclaration italienne. Chaque année, elle paie 0,2 % de leur valeur (un impôt appelé IVAFE).



Peut-on encore ouvrir un compte-titres en France quand on est déjà parti ?

Quand on vit déjà à l'étranger, le compte-titres est souvent la seule enveloppe qu'on peut encore ouvrir en France. Le PEA n'est plus possible, et l'assurance-vie est parfois très compliquée à ouvrir, selon le pays où tu vis et l'assureur.

  • Les plus-values : en général, c'est le pays où tu vis qui les impose.

  • Les dividendes d'actions françaises : une retenue est prélevée en France, son taux dépend de la convention fiscale.

  • La déclaration : comme pour l'assurance-vie, le pays où tu vis peut te demander de déclarer ce compte chaque année.


Pour aller plus loin, tu peux retrouver le podcast : investir en bourse depuis l'étranger. On y parle de l'importance des enveloppes pour y mettre ces investissements.



Et les livrets, le PER, l'épargne retraite d'entreprise ?

Ce sont souvent les placements qu'on regarde le moins, parce que les montants paraissent petits ou parce qu'on les a oubliés. Ils ont pourtant chacun leurs règles.

  • Les livrets : ils sont pensés pour les résidents fiscaux français. Par exemple, le LEP est réservé aux personnes dont le domicile fiscal est en France.

  • Le PER individuel : son avantage, c'est de déduire les versements de tes revenus imposés en France. Quand tu vis à l'étranger et que tu n'as plus de revenus imposés en France, verser dessus n'a plus de sens.

  • L'épargne retraite d'entreprise : c'est souvent l'argent qu'on oublie chez un ancien employeur. On en parle dans notre article sur l'épargne retraite quand on vit à l'étranger.


Par exemple, Julie a ouvert un PER individuel avant de partir à l'étranger. Elle versait dessus pour préparer sa retraite. Elle a continué à verser de manière automatique, jusqu'au jour où elle a fait le point sur ses placements. Elle versait sur une enveloppe qui ne lui permettait plus de bénéficier des avantages fiscaux. Il fallait changer de stratégie pour préparer sa retraite.


Citation Elisabeth Zambelis

Par quoi commencer pour faire le point sur ses placements ?

Le premier réflexe, c'est d'ouvrir ses relevés et de regarder le rendement. Mais ce rendement est affiché avant impôts. C'est bien mais si le pays où tu vis impose fortement un placement, tu vas perdre une grande partie de la performance affichée. La priorité est donc de regarder les enveloppes que tu as en France et voir si elles sont encore adaptées à ta situation de non-résident. Tu pourras alors vérifier ses 3 choses :

  1. Comment le pays où tu vis impose chacun de tes placements. Si tu prépares un départ, c'est le bon moment pour demander ce qui s'appliquera dans ton futur pays de résidence.

  2. Ce que ton établissement accepte encore pour les personnes qui vivent dans ce pays.

  3. Ce qu'il y a dans chaque placement : les supports, les frais, le rendement.



Les questions les plus fréquentes sur le sujet


Je dois prévenir ma banque que je pars vivre à l'étranger ?

Oui. Ta banque, ton courtier et ton assureur appliquent leurs règles selon le pays où tu vis. Si tu ne les préviens pas, tu risques de découvrir le problème le jour d'un versement ou d'un retrait.

Je peux ouvrir une assurance-vie en France en vivant à l'étranger ?

Parfois. Ça dépend de l'assureur et du pays où tu vis. Les conditions sont souvent plus strictes hors de l'Union européenne, et certains assureurs refusent les personnes qui vivent dans certains pays.

Pas forcément. Ton PEA garde son ancienneté, mais c'est le pays où tu vis qui décide comment tes gains sont imposés. Avant un retrait, demande à un fiscaliste.



Tu as besoin d'aide pour faire une analyse sur ta situation, n'hésite pas à en parler avec un professionnel


Les informations de cet article sont données à titre pédagogique. Elles ne constituent pas un conseil en investissement, ni un conseil fiscal ou juridique. Un placement peut perdre de la valeur, et les performances passées ne prédisent pas les performances futures. Les règles dépendent du pays où tu vis, de la convention fiscale entre ce pays et la France, et de ton contrat : fais toujours vérifier ta situation par un professionnel.

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