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Épargne retraite d'entreprise : l'argent que tu as peut-être oublié en France

il y a 22 heures
7 min de lecture

Un client sur trois découvre des contrats de retraite oubliés. Pas des petites sommes symboliques : parfois plusieurs dizaines de milliers d'euros qui dorment depuis des années, sur des comptes ouverts par d'anciens employeurs.

C'est un angle mort presque parfait. Ces contrats ont été ouverts par quelqu'un d'autre, alimentés par des prélèvements automatiques, investis sans qu'on ait rien choisi. Puis on change d'entreprise, on part à l'étranger, et on oublie. En France, on estime entre 10 et 20 milliards d'euros le montant de cette épargne retraite non réclamée.


Franck Béon, co-fondateur de Ploovers et ancien portfolio manager en hedge fund quantitatif, accompagne les Français — résidents et expatriés — dans la récupération et l'optimisation de ces contrats. Dans cet épisode, il explique comment les retrouver, ce qu'ils contiennent vraiment, et pourquoi il n'a jamais rencontré un seul cas où il valait mieux ne rien faire.



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Ce que tu vas comprendre dans cet épisode

  • Pourquoi une entreprise sur cinq a ouvert un dispositif d'épargne retraite — et pourquoi tu en as probablement un sans le savoir.

  • Comment vérifier en cinq minutes, sur un site officiel, tous les contrats retraite ouverts à ton nom.

  • Ce que deviennent ces contrats quand tu pars vivre à l'étranger — et ce que ça coûte de les laisser dormir.

  • Pourquoi la loi PACTE te permet de reprendre la main sur des contrats que tu n'as jamais choisis.

  • Ce qui change concrètement pour un non-résident qui veut transférer son plan épargne retraite.

  • Pourquoi choisir la rente plutôt que le capital te permettre te préserver ton épargne et de la transmettre



Perco, Pereco, article 83 : de quoi parle-t-on exactement ?

Derrière ces sigles se cachent les dispositifs d'épargne que les entreprises françaises mettent en place pour leurs salariés. Quatre entreprises sur cinq en ont ouvert au moins un. À la signature du contrat de travail, on signe un papier qui mentionne tout ça — puis on l'oublie.

Il faut distinguer deux grandes familles. Le plan épargne entreprise, d'abord, qui n'est pas un contrat retraite : on peut y verser son intéressement et sa participation, et l'argent est récupérable après cinq ans. Puis les vrais contrats retraite : les Perco, Percol et Pereco, bloqués jusqu'à la retraite mais déblocables pour l'achat d'une résidence principale. Et enfin les articles 83 et Pero, les plus verrouillés — impossibles à sortir avant la retraite, même pour acheter un logement.

Les montants en jeu sont loin d'être anecdotiques. Les Perco et Pereco représentent environ 40 milliards d'euros en France. Les articles 83 et Pero, 80 milliards. Et sur l'ensemble, entre 10 et 20 milliards ne sont tout simplement pas réclamés par leurs bénéficiaires.

Pourquoi les entreprises utilisent-elles autant ces dispositifs ? Parce qu'ils sont fiscalement avantageux pour tout le monde : pas de charges salariales, pas de charges patronales, pas d'impôt sur le revenu au versement. Un outil de fidélisation efficace — à condition que le salarié sache ce qu'il possède.


Comment savoir si tu as de l'argent qui dort quelque part ?

La démarche prend cinq minutes. Le site Info Retraite, géré par le gouvernement, recense l'ensemble des contrats retraite dont tu es bénéficiaire — entreprise comme individuels. On s'y connecte de façon sécurisée via l'identité numérique ou ses identifiants des impôts. En haut à droite, un champ dédié à l'épargne retraite, puis « voir mes contrats » : la liste s'affiche, de façon quasi exhaustive.

Franck en fait la toute première question posée à ses clients — et la réponse crée régulièrement la surprise. Le record : un client qui a découvert une douzaine de contrats ouverts à son nom. Pas tous avec de gros montants, mais une fois rassemblés et optimisés, l'ensemble représentait une somme significative.

Petite réserve : certains contrats peuvent ne pas s'afficher. Le site donne une vision très large, pas une garantie absolue d'exhaustivité. Mais c'est le point de départ incontournable, surtout quand on a changé plusieurs fois d'employeur avant de partir à l'étranger et qu'on a perdu le fil.


Que devient cette épargne retraite quand tu pars vivre à l'étranger ?

Elle dort. Elle reste investie dans les fonds choisis à l'origine — que tu n'as généralement pas choisis toi-même — sans aucun regard sur les frais ni sur l'allocation.

Et c'est là que le coût devient réel. Ces enveloppes proposent rarement des fonds de qualité : pas d'ETF — ces fonds indiciels à bas coûts qui répliquent un indice comme le S&P 500 —, pas de titres vifs, mais des fonds spécifiques à l'épargne salariale, souvent sans même de code ISIN, l'identifiant international qui permet de retrouver un fonds et de comparer sa performance. Des produits difficiles à analyser, chargés en frais.

Les exemples concrets parlent d'eux-mêmes. Franck a vu des contrats article 83 investis en fonds euro depuis plus de 20 ou 30 ans : environ 2 % de rendement par an, l'équivalent d'un livret A — pour de l'argent destiné à la retraite, qui aurait pu être investi en actions sur le long terme. Face à un ETF S&P 500 autour de 7 % par an, le manque à gagner atteint 5 % chaque année. D'autres contrats empilent des fonds de fonds maison de l'assureur, avec 3 à 4 % de sous-performance annuelle par rapport à l'ETF équivalent. Sur 15 ou 20 ans, à cause des intérêts composés, ces écarts se traduisent en multiples d'épargne perdus — pas en pourcentages.


Transférer son contrat épargne retraite : qu'est-ce qu'on y gagne vraiment ?

Depuis la loi PACTE, ces contrats d'entreprise peuvent être transférés vers un plan épargne retraite individuel qu'on choisit soi-même. Ce qu'on y gagne tient en un mot : la main.

On passe d'un univers fermé — 5 à 10 fonds imposés par l'assureur de l'entreprise — à une architecture ouverte : ETF, titres vifs, fonds sélectionnés selon sa propre stratégie et son niveau de risque. L'allocation devient un choix, plus une contrainte subie.

Les conditions de transfert sont simples. Les Perco, Percol et Pereco sont transférables à tout moment, même si on travaille encore dans l'entreprise qui les a ouverts. Les Pero et articles 83 exigent d'avoir quitté l'entreprise — c'est la seule condition. Côté frais : 1 % maximum si le contrat a moins de cinq ans, zéro au-delà. Presque immatériel face aux écarts de performance en jeu.

Le mécanisme des compartiments préserve la logique fiscale de chaque contrat d'origine : l'épargne individuelle arrive dans le compartiment 1 du nouveau PER, l'épargne collective (Perco, Percol) dans le compartiment 2, l'épargne obligatoire (article 83, Pero) dans le compartiment 3. Chaque compartiment conserve la fiscalité et les conditions de sortie du contrat d'origine.


Peut-on transférer son PER quand on est non-résident ?

Oui — mais c'est là que l'expatriation complique les choses. Le transfert consiste à déplacer le contrat chez un nouvel assureur, et la plupart des assureurs refusent les résidents fiscaux étrangers, pour les mêmes raisons réglementaires qui poussent les banques à poser mille questions : conformité, lutte anti-blanchiment, réglementation internationale.

Sur des centaines de dossiers traités, un seul assureur a été identifié comme acceptant ces transferts pour les non-résidents. La procédure demande plus de documents, mais elle aboutit : des clients au Liban, en Arabie Saoudite, en Angola, à Dubaï, Hong Kong ou Singapour ont tous pu transférer. Aucun blocage lié au pays de résidence n'a été constaté.

Les délais tournent autour de deux à trois mois. Et quand un assureur traîne — certains transferts ont pris plus d'un an —, des intérêts de retard de plus de 10 % peuvent être réclamés au bénéfice du client. Un dossier en retard s'est déjà soldé par un chèque de plusieurs milliers d'euros en bonus.

Attention en revanche aux versements : ces contrats d'entreprise ne peuvent pas être alimentés à titre individuel. Et pour un non-résident, verser sur un PER individuel n'a pas de sens non plus — l'avantage fiscal du PER repose sur la déductibilité des versements de ses revenus imposables en France, ce qui ne s'applique pas quand on vit à l'étranger. Pour épargner depuis l'étranger, mieux vaut se tourner vers un compte-titres, un contrat de capitalisation ou une assurance vie — à condition de trouver l'assureur qui accepte de l'ouvrir à un non-résident.


Rente ou capital : pourquoi ce choix change tout

C'est le point le plus contre-intuitif de l'épisode — et selon Franck, l'optimisation la plus importante identifiée en gestion de patrimoine sur ces sujets.

À la retraite, les Perco et Percol peuvent sortir en capital. Mais les articles 83 et Pero, eux, sortent obligatoirement en rente — un revenu versé à vie, calculé par l'assureur. Et ce calcul est structurellement défavorable : l'assureur prend ses marges, l'argent cesse d'être investi, la rente est fiscalisée, et surtout, en cas de décès prématuré, tout le capital restant est perdu. Des décennies de cotisations qui s'évaporent.

L'alternative passe par le transfert. Une fois l'article 83 ou le Pero logé dans le compartiment 3 d'un PER individuel, le contrat devient un outil de protection du conjoint : conservé jusqu'au décès, il sort alors en capital pour le bénéficiaire — avec une purge totale de la plus-value, zéro impôt sur le revenu, et zéro droit de succession si le bénéficiaire est le conjoint. Le capital reste investi et continue de travailler pendant toutes ces années.

L'écart entre les deux scénarios ne se mesure pas en pourcents. Entre une sortie en rente classique et un contrat transféré, bien investi et transmis en capital, on parle d'un multiple de quatre à cinq fois le capital final.



Citation de l'épisode

Il y a toujours cette asymétrie d'informations : on nous met des choses en place et on n'a rien choisi généralement. Vu l'industrie, c'est rarement dans notre intérêt. Et on a toujours intérêt à reprendre la main - Franch Béon

À propos de l'invité

Franck Béon est co-fondateur de Ploovers, cabinet spécialisé dans l'optimisation des plans épargne retraite. Ancien portfolio manager en hedge fund quantitatif, il construit avec son associé des portefeuilles optimisés en diversification et en frais, et accompagne notamment les non-résidents dans le transfert de leurs contrats retraite d'entreprise.

Pour contacter Franck : Franck Beon | LinkedIn


Pour plus d'informations sur la préparation à la retraite quand on vit à l'étranger, retrouver le guide complet ici.

🛑 Disclaimer : Les informations partagées dans cet épisode sont fournies à titre pédagogique et général. Elles ne constituent pas un conseil personnalisé. Chaque situation dépend du pays concerné et du parcours individuel ; il est recommandé de consulter les organismes compétents avant toute décision.

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