Investir en bourse depuis l'étranger : gestion passive, active, et fiscalité — Ce que personne ne te dit quand tu es expatrié
- 17 mars
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Quand on vit à l'étranger et qu'on veut investir en bourse, la première erreur est de poser la mauvaise question. On se demande dans quoi investir — ETF, actions, S&P 500 ? Ce sont de bonnes questions. Mais elles arrivent trop tôt.
Avant de choisir dans quoi investir, il faut comprendre dans quelle enveloppe investir, dans quel pays, et selon quelle fiscalité. Parce qu'un même placement peut être avantageux dans un pays et coûteux dans un autre. Parce qu'un portefeuille qui convient parfaitement à une personne peut être désastreux pour une autre — pas pour des raisons financières, mais psychologiques.
Mathieu Gouraud, conseiller en gestion de patrimoine spécialisé dans l'accompagnement des Français entre la France et le Canada, répond à ces questions dans cet épisode du podcast Nomadiq.

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Ce que tu vas comprendre dans cet épisode
Pourquoi l'enveloppe dans laquelle tu investis est aussi importante que ce dans quoi tu investis
La différence concrète entre gestion passive et gestion active — et comment choisir selon son profil
Ce que deviennent tes placements en France quand tu pars à l'étranger
Pourquoi ton profil psychologique est aussi déterminant que ton profil de risque
Quand ça fait sens de déléguer la gestion de son portefeuille à un professionnel
Comment faire évoluer sa stratégie d'investissement au fil des cycles de vie
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Gestion passive ou active : laquelle choisir quand on est expatrié ?
Investir passivement, c'est suivre un indice — le S&P 500 regroupe les 500 plus grandes entreprises américaines, le MSCI World les plus grandes entreprises mondiales. On investit dans un panier déjà constitué, automatiquement diversifié, à faibles frais. Aucune décision quotidienne à prendre.
La gestion active, c'est l'inverse : on choisit soi-même les actions dans lesquelles investir, ou on délègue ce choix à un gestionnaire payé pour essayer de faire mieux que le marché. Sur 10 à 15 ans, plus de 90 % des investisseurs actifs — y compris les professionnels — font moins bien que ces grands indices. Des sociétés comme BlackRock dépensent des centaines de millions en recherche pour tenter de les battre. Même eux n'y arrivent pas systématiquement.
Pour quelqu'un qui commence à investir depuis l'étranger, sans expérience particulière des marchés, la gestion passive est le point de départ le plus rationnel. Elle est simple, peu coûteuse, et statistiquement plus performante sur le long terme.
Mais ce n'est pas tout ou rien. On peut très bien suivre des indices passifs sur la majorité de son portefeuille, tout en faisant des choix actifs sur une petite partie. Ce qui compte, selon Mathieu, c'est de choisir une stratégie qu'on comprend — et qu'on peut tenir dans le temps, même quand la valeur du portefeuille baisse fortement.
Avant de décider dans quoi investir : dans quelle enveloppe ?
C'est le point que presque tous les contenus sur l'investissement ignorent — et c'est pourtant l'un des plus importants quand on vit à l'étranger.
Une enveloppe d'investissement, c'est le cadre légal dans lequel on place son argent. Chaque pays a les siennes, avec ses propres règles fiscales. En France : le PEA — un compte qui permet d'investir en bourse avec une fiscalité allégée après 5 ans —, le PER — un plan d'épargne retraite avec des avantages fiscaux à l'entrée —, et le compte-titres ordinaire, sans avantage fiscal particulier mais sans contrainte non plus. Au Canada : le CELI, où les gains ne sont jamais imposés, et le REER, où les versements sont déductibles des revenus imposables.
Ces enveloppes ne fonctionnent pas de la même façon — et surtout, elles ne s'exportent pas. Quand on change de pays de résidence fiscale, ce qui était avantageux avant peut devenir neutre ou même pénalisant. Un PEA ouvert en France reste ouvert quand on part à l'étranger — mais les règles fiscales qui s'y appliquent changent selon le pays de résidence.
Comme le dit Mathieu : la fiscalité, c'est du rendement garanti. Choisir la mauvaise enveloppe, c'est se priver d'un levier de performance direct — sans prendre de risque supplémentaire. La bonne question avant tout investissement n'est donc pas "dans quel ETF je mets mon argent ?" mais "dans quelle enveloppe, dans quel pays, avec quelle fiscalité ?" La réponse dépend du pays de résidence actuel, de la durée prévue d'expatriation, et des projets à moyen terme.
Est-ce que tu supporterais de voir la valeur de ton épargne baisser de 30 % ?
Beaucoup de gens surestiment leur capacité à rester calmes quand leur portefeuille perd de la valeur brutalement — c'est ce qu'on appelle la tolérance à la volatilité, c'est-à-dire la capacité à ne pas paniquer quand les marchés chutent. Sur le papier, ils se disent investisseurs long terme. Quand les marchés perdent 30 % en quelques semaines — comme en 2008 ou pendant le Covid — la réaction est souvent très différente de ce qu'ils avaient imaginé.
Mathieu l'observe régulièrement : la plupart de ses clients n'ont jamais vécu de vrai krach boursier qui dure plusieurs années. Voir son épargne fondre de 25 ou 30 % pendant une période prolongée, sans savoir quand ça va remonter — c'est une expérience qui teste la discipline de n'importe quel investisseur. Beaucoup vendent au plus mauvais moment, c'est-à-dire exactement quand les marchés sont au plus bas.
L'inverse est aussi vrai. Certaines personnes sous-estiment leur capacité à supporter du risque et choisissent des stratégies trop prudentes. Sur 30 ans, la différence entre un rendement annuel de 3 % et de 7 % représente des centaines de milliers d'euros à la retraite — parce que les intérêts s'accumulent sur les intérêts chaque année. Être trop prudent a un coût réel, même s'il est invisible au quotidien.
C'est là qu'un conseiller en gestion de patrimoine apporte une vraie valeur — pas seulement technique, mais psychologique. Son rôle est aussi de protéger contre les mauvaises décisions prises sous le coup de l'émotion : vendre quand ça baisse, acheter quand ça monte, éviter de passer à l'action par peur de se tromper.
Pourquoi une stratégie qui marche à 30 ans ne marche plus à 50 ans, surtout quand on vit à l'étranger
Une stratégie d'investissement doit évoluer avec la vie — avec le patrimoine accumulé, la situation familiale, et l'horizon qui se rapproche.
À 30 ans, avec 30 ans devant soi, on peut placer la majorité de son épargne en actions et absorber les baisses de valeur du portefeuille sans que ça impacte la vie quotidienne. Le temps joue pour soi — les marchés remontent toujours sur le long terme. À l'approche de la retraite, la logique change : on cherche des revenus réguliers, pas de la plus-value. C'est là qu'on se tourne vers des actifs moins exposés aux fluctuations — comme les obligations ou les SCPI, des fonds qui investissent dans l'immobilier et versent des loyers réguliers, très répandus en France mais quasi inexistants en Amérique du Nord.
Vivre à l'étranger ajoute une dimension supplémentaire. Changer de pays donne parfois accès à des produits qui n'existent pas en France — et inversement. Un expatrié qui prévoit de rentrer en France pour sa retraite peut très bien investir dans des SCPI depuis l'étranger pour préparer des revenus réguliers à son retour.
La clé, selon Mathieu, c'est de ne pas attendre que les choses se compliquent pour revoir sa stratégie. Un point annuel avec un professionnel — même si rien ne change — permet de s'assurer que ce qui est en place reste cohérent avec la situation réelle.
L'erreur la plus fréquente — et la plus coûteuse
Garder trop d'argent sur un compte bancaire non rémunéré par peur de l'imprévu. Par peur de manquer de liquidités — c'est-à-dire d'argent disponible immédiatement —, beaucoup d'expatriés laissent des sommes importantes dormir sur des comptes qui ne rapportent rien, pendant des années.
L'épargne de précaution utile, c'est 3 à 6 mois de dépenses pour un salarié, 12 mois pour un indépendant ou une famille avec des charges fixes importantes. Le reste devrait être investi selon une stratégie adaptée au profil et à l'horizon.
La bonne question n'est pas "est-ce que j'aurais besoin de cet argent ?" mais "qu'est-ce qui pourrait m'obliger à en avoir besoin rapidement ?" — et construire sa stratégie à partir de cette réponse.
Citation de l'épisode
Il faut structurer son patrimoine pour rester flexible. Quand on est expatrié, on a tendance à bouger.
À propos de l'invité
Mathieu Gouraud est conseiller en gestion de patrimoine spécialisé dans l'accompagnement des Français à l'international, notamment entre la France et le Canada. Il accompagne ses clients sur les questions d'investissement, de fiscalité et de stratégie patrimoniale adaptées à la vie à l'étranger.
Pour contacter Mathieu : (1) Mathieu Gouraud 🇫🇷🇨🇦 | LinkedIn
🛑 Disclaimer : Les informations partagées dans cet épisode sont fournies à titre pédagogique et général. Elles ne constituent pas un conseil personnalisé. Chaque situation dépend du pays concerné et du parcours individuel ; il est recommandé de consulter les organismes compétents avant toute décision.



