Français en Allemagne : un conseiller financier répond à toutes tes questions
- 14 août 2025
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 12 juin

Tu as gardé ton livret A, ton PEL et ton assurance-vie française. Tu t'es installé en Allemagne, et tu continues à gérer ton argent comme avant. C'est logique. Ce n'est pas interdit. Mais le jour où tu achètes un appartement à Frankfurt ou à Munich, le fisc allemand regarde d'où vient ton argent — et il peut remonter dix ans en arrière. Florian Chiron, conseiller en gestion de patrimoine à Frankfurt, a vu des gens recevoir une note de 15 000 à 20 000 euros en plein milieu d'un achat immobilier. Pas parce qu'ils avaient fraudé. Parce que personne ne leur avait expliqué les règles.
S'installer en Allemagne en tant qu'expatrié français, c'est entrer dans un système où les deux pays se regardent en même temps. Pas deux systèmes parallèles qu'on ignore mutuellement — deux systèmes qui se superposent, avec des règles différentes sur la fiscalité du capital, sur la retraite, sur les produits financiers. La bonne nouvelle, c'est que les Français en Allemagne sont, parmi toutes les communautés étrangères de plus de 100 000 ressortissants officiels, ceux qui gagnent le plus — davantage même que les Allemands eux-mêmes. La capacité à construire un patrimoine est réelle. Encore faut-il comprendre les règles du jeu.
Florian Chiron est conseiller en gestion de patrimoine basé à Frankfurt. Arrivé en Allemagne en 1998 pour une année Erasmus, il ne repart plus depuis. Il a lancé son activité en 2003, et aujourd'hui 75 à 80 % de ses clients sont français. Il a vécu cette situation avant de la conseiller.
Dans cet épisode, il explique sans détour ce qui change concrètement pour tes finances quand tu t'installes en Allemagne : fiscalité franco-allemande, produits financiers à déclarer, retraite plafonnée, investissement local, et régime matrimonial — le sujet que peu de couples anticipent.
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Ce que tu vas comprendre dans cet épisode
- Le livret A n'est pas imposable en France pour un expatrié, mais il le devient en Allemagne dès que tes revenus du capital dépassent 1 000 euros par an — et ça peut arriver plus vite qu'on ne le croit si on cumule plusieurs produits
- L'avantage fiscal des huit ans de l'assurance-vie française n'existe tout simplement pas en droit allemand — le fisc allemand ignore cette règle et impose les gains à 25 %, peu importe depuis quand tu détiens le contrat - La retraite publique allemande est plafonnée : même avec une très belle carrière en Allemagne, le montant perçu ne suivra pas ton dernier salaire — et la majorité des Français expatriés en Allemagne ne le savent pas
- L'Allemagne encourage fiscalement la constitution d'une épargne retraite privée et l'investissement immobilier, avec des avantages concrets — parce que l'État a un intérêt direct à ce que ses résidents ne se retrouvent pas sans revenus à la retraite
- Le régime matrimonial allemand par défaut fonctionne très différemment de la séparation de biens française — en cas de divorce ou de décès, l'enrichissement réalisé pendant le mariage est partagé, avec des conséquences patrimoniales potentiellement importantes
- Le meilleur moment pour se faire accompagner n'est pas au retour en France : c'est dès les premières semaines après l'installation, avant que les erreurs s'accumulent
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Comment sont imposés les salaires et les placements en Allemagne ?
C'est la première chose qui surprend quand on regarde les chiffres de près. En France, c'est la TVA qui représente la plus grande part des recettes fiscales de l'État. En Allemagne, c'est l'impôt sur le revenu : 40 à 42 % des recettes fiscales de l'État, sa première source de financement — et l'essentiel vient des salaires. Ce n'est pas une nuance abstraite — ça se voit directement sur ta fiche de paie.
Sur un salaire brut de 5 000 euros, tu paieras environ 1 000 euros d'impôt sur le revenu, plus les cotisations sociales, pour un net d'environ 3 200 euros. C'est la réalité que beaucoup de Français découvrent à leur premier bulletin de salaire allemand.
Sur les revenus du capital — c'est-à-dire les gains générés par tes placements financiers —, l'Allemagne applique un prélèvement forfaitaire de 25 %, contre 30 % en France. C'est légèrement plus avantageux. Mais ce qui est fondamental à comprendre, c'est que tous les revenus financiers générés dans le monde entier doivent être déclarés en Allemagne dès que tu y résides. Pas seulement ce que tu gagnes en Allemagne. Tout. Et l'abattement annuel n'est que de 1 000 euros : en dessous, pas d'imposition ; au-dessus, 25 % sur le surplus.
Faut-il déclarer son livret A et son assurance-vie française en Allemagne ?
C'est le piège le plus courant parmi les expatriés français en Allemagne. On garde ses placements français parce que c'est logique, parce qu'on ne sait pas combien de temps on va rester, parce que personne n'a dit que c'était interdit. Et c'est vrai — ce n'est pas interdit. Mais ça doit être déclaré.
Le livret A génère des intérêts. En France, ils sont exonérés. En Allemagne, ils entrent dans le calcul des 1 000 euros d'abattement annuel. Un livret A plein à 23 000 euros à 3 %, ça fait 690 euros d'intérêts. Seul, c'est sous le seuil. Mais si tu ajoutes un PEL — dont les intérêts annuels sont aussi imposables en Allemagne, même si tu n'y as pas encore accès — et d'autres placements, tu passes au-dessus. Tout ce qui dépasse 1 000 euros est taxé à 25 %.
L'assurance-vie française pose un problème encore plus net. L'avantage fiscal des huit ans — cette règle française qui allège la fiscalité sur les retraits après huit ans de détention — n'existe tout simplement pas dans le droit allemand. Le fisc allemand ne la reconnaît pas. Il impose les gains à 25 %, peu importe depuis combien de temps tu détiens le contrat. Il est possible de reconsidérer le contrat pour qu'il relève du droit allemand, mais les conditions sont nombreuses et la démarche est complexe.
Le moment où tout remonte à la surface, c'est souvent l'achat immobilier. Dès qu'un acte notarié est signé en Allemagne, le fisc en est automatiquement informé. Il regarde comment tu as financé ton acquisition. Si une partie de l'argent vient d'une assurance-vie française jamais déclarée, il peut remonter jusqu'à dix ans en arrière, recalculer ce qui aurait dû être déclaré, ajouter des pénalités. Des situations à 15 000 ou 20 000 euros de rattrapage fiscal, en plein milieu d'un achat immobilier — Florian dit les avoir vues de nombreuses fois.
Vaut-il mieux investir en France ou en Allemagne quand on y vit ?
La question que se posent beaucoup de Français dès l'installation est celle-là : est-ce que je continue à investir en France, ou j'ouvre des produits ici ? La réponse de Florian est claire : investir dans le pays où tu résides est généralement la solution la plus propre.
En Allemagne, les revenus financiers font l'objet d'un prélèvement à la source automatique effectué directement par l'établissement financier — ce qui simplifie la déclaration et réduit les risques d'erreur. Pour les néo-brokers domiciliés à l'étranger, comme aux Pays-Bas, la situation est plus complexe : tu dois toi-même reconstituer tous les états financiers et les transmettre à l'administration fiscale allemande. C'est faisable, mais c'est une charge administrative réelle.
L'Allemagne propose par ailleurs deux grands leviers de défiscalisation, construits autour d'une logique d'utilité sociale claire. La retraite privée bénéficie d'avantages fiscaux importants parce que l'État n'a pas intérêt à se retrouver plus tard avec des retraités sans revenus suffisants. L'immobilier locatif bénéficie d'avantages fiscaux parce que l'État considère que créer du logement pour la population remplit un rôle social. Ces deux principes — que Florian appelle le principe de subsidiarité des marchés — permettent de réduire concrètement l'impôt sur le revenu tout en construisant un patrimoine. Pour un expatrié français en Allemagne qui gagne bien sa vie, ne pas utiliser ces mécanismes, c'est laisser passer une opportunité réelle.
Quel régime matrimonial s'applique quand on s'installe en Allemagne ?
En France, on peut choisir la séparation de biens : chacun gère son patrimoine de manière indépendante, pendant et après le mariage. En Allemagne, le régime par défaut s'appelle la participation aux acquêts. Son fonctionnement ressemble à la séparation de biens pendant le mariage — chacun gère ses affaires de son côté. Mais en cas de divorce ou de décès, les enrichissements réalisés par chacun pendant le mariage sont comparés, et le conjoint qui s'est le moins enrichi a droit à la moitié de la différence.
Concrètement : si l'un des deux a construit un patrimoine significativement plus important que l'autre pendant le mariage — parce qu'il gagnait plus, parce que l'autre a interrompu sa carrière pour s'occuper des enfants, parce que l'un a hérité — l'écart est partagé. C'est une protection réelle pour le conjoint économiquement le plus fragile. Mais c'est aussi une réalité patrimoniale que beaucoup de couples franco-allemands n'ont pas anticipée, notamment quand l'un arrive avec un contrat de mariage français déjà signé sans réaliser que les règles ont changé dès l'installation en Allemagne.
Citation de l’épisode
La retraite maximum en Allemagne, c’est 3 400 € brut. Maximum. Et pour ça, il faut avoir gagné plus de 95 000 € chaque année pendant 45 ans.
À propos de Florian Chiron
Conseiller financier basé à Berlin depuis plus de 20 ans, Florian Chiron accompagne plus de 2 500 Français dans la gestion et l’optimisation de leur patrimoine en contexte international, avec une expertise particulière sur les problématiques franco-allemandes.
Pour contacter Florian : Florian Chiron | LinkedIn
🛑 Les épisodes ne constituent pas des conseils financiers personnalisés. Chaque situation est unique : les témoignages et partages d’expérience sont là pour t’inspirer et t’aider à poser les bonnes questions.


